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Mammifères · Primates

Tarsier de Siau

Tarsius tumpara

Petit primate nocturne aux très grands yeux ronds, doigts allongés et longue queue nue, agrippé verticalement à une tige.

Le tarsier de Siau (Tarsius tumpara) est un petit primate nocturne de la famille des Tarsiidae, décrit scientifiquement en 2008. Il est strictement endémique de l’île de Siau, une île volcanique de l’archipel des Sangihe située entre Sulawesi et Mindanao, en Indonésie. Son trait le plus marquant est la combinaison, commune à tous les tarsiers, de très grands yeux fixes, de longs membres postérieurs adaptés au saut et d’une queue nue plus longue que le corps, sur un animal ne dépassant guère la taille d’une main humaine.

Le nom vernaculaire français n’est pas fixé : « tarsier de Siau » et « tarsier de l’île de Siau » traduisent l’anglais Siau Island tarsier. L’épithète tumpara reprend le nom local de l’animal. Une idée reçue veut que les tarsiers soient des lémuriens ou des « singes miniatures » ; ils forment en réalité un groupe à part, les Tarsiiformes, dont la position phylogénétique entre strepsirrhiniens et simiens a longtemps été débattue. Ils sont aujourd’hui rattachés aux haplorrhiniens, plus proches des singes que des lémuriens.

Morphologie

Le tarsier de Siau présente le plan corporel caractéristique du genre Tarsius : une tête ronde portant deux yeux énormes, immobiles dans leurs orbites, ce qui contraint l’animal à pivoter le cou pour changer de direction de regard. La longueur tête-corps est de l’ordre de onze à douze centimètres selon la description originale, à laquelle s’ajoute une longue queue nue terminée par une touffe de poils. Les membres postérieurs sont allongés, le tarse (os de la cheville) démesuré donnant son nom au groupe, et les doigts se terminent par des pelotes adhésives.

Le pelage est brun-gris à ocre sur le dos, plus clair sur le ventre. Tarsius tumpara se distingue de ses proches surtout par des caractères fins : mensurations crâniennes, coloration et, de façon déterminante chez les tarsiers, structure des cris de duo émis par les couples. Le dimorphisme sexuel est faible, comme chez les autres tarsiers de la région. Les données morphométriques reposent sur un très petit nombre de spécimens, ce qui invite à la prudence sur les fourchettes publiées.

Répartition et habitat

L’espèce n’est connue que de l’île de Siau, d’une superficie d’environ 125 kilomètres carrés et dominée par le volcan Karangetang, l’un des plus actifs d’Indonésie. Cette endémicité insulaire à aire réduite est au cœur de son statut de conservation. Aucune sous-espèce n’est reconnue.

Le tarsier de Siau occupe des milieux boisés variés : restes de forêt tropicale humide, végétation secondaire, broussailles de lisière et zones arborées cultivées. Sur une île fortement anthropisée et volcanique, l’habitat forestier originel est très fragmenté, et l’animal se maintient en partie dans des mosaïques de plantations et de bosquets. Les tarsiers de la région fréquentent surtout les basses strates de la végétation, où ils s’agrippent à des tiges verticales.

Milieu de vie typique de l'espèce Tarsius tumpara
Forêt fragmentée sur les pentes du volcan Karangetang, île de Siau : l'unique habitat connu de Tarsius tumpara, en Indonésie.

Comportement et régime alimentaire

Comme tous les tarsiers, Tarsius tumpara est nocturne et insectivore au sens strict : c’est l’un des rares primates dont le régime est presque exclusivement animal. Il capture des arthropodes — coléoptères, orthoptères, papillons de nuit — et, comme d’autres espèces du genre, peut consommer de petits vertébrés tels que lézards. Il chasse à l’affût puis par bond, ses grands yeux et son ouïe fine lui permettant de localiser ses proies dans l’obscurité.

Le mode de locomotion dominant est l’agrippement-saut vertical : l’animal se tient dressé sur un support, replie ses longs membres postérieurs puis se propulse d’un bond entre les tiges. La journée, il se repose dans la végétation dense.

Les tarsiers des Sangihe et de Sulawesi vivent généralement en groupes familiaux réduits et défendent un territoire, dont les limites sont réaffirmées à l’aube par des duos vocaux entre le mâle et la femelle. Ces vocalisations, propres à chaque espèce, constituent l’un des principaux critères de distinction taxinomique. Les paramètres sociaux précis de T. tumpara restent peu documentés.

Reproduction

La biologie de reproduction propre au tarsier de Siau n’est pratiquement pas documentée. Chez les tarsiers du genre Tarsius en général, la femelle donne naissance à un unique petit après une gestation longue au regard de la taille de l’animal, de l’ordre de six mois. Le jeune naît à un stade avancé, les yeux ouverts et couvert de poils, et est capable de s’agripper très tôt. La mère peut le transporter dans la gueule ou le laisser accroché à un support pendant qu’elle chasse.

Aucune donnée fiable de taille de portée, de durée de gestation, de maturité sexuelle ou de longévité spécifique à T. tumpara n’a été retenue ici : ces valeurs sont inconnues pour cette espèce et n’ont pas été extrapolées.

Statut de conservation

Tarsius tumpara est classé « en danger critique d’extinction » (CR) sur la Liste rouge de l’UICN. Cette catégorie signale un risque extrêmement élevé d’extinction à court terme. Le facteur déterminant est l’aire de répartition minuscule, confinée à une seule île volcanique où un événement unique peut affecter l’ensemble de la population.

Les pressions identifiées sont notamment :

  • l’activité volcanique du Karangetang, qui peut détruire l’habitat sur une grande partie de l’île ;
  • la perte et la fragmentation de l’habitat forestier au profit des cultures et de l’habitat humain sur une île densément peuplée ;
  • la capture locale, l’espèce étant, selon les données publiées lors de sa description, consommée à l’occasion par la population humaine ;
  • la faible superficie disponible, qui interdit toute population de secours à l’échelle de l’aire naturelle.

Le statut global reflète cette vulnérabilité insulaire ; à l’échelle locale, la persistance de l’espèce dépend de fragments d’habitat inégalement protégés et de la fréquence des crises volcaniques.

Ne pas confondre

Tarsier des Sangihe (Tarsius sangirensis) : il occupe l’île de Grande Sangihe, plus au nord dans le même archipel. Les deux espèces se ressemblent fortement et se distinguent avant tout par l’île d’origine et par la structure de leurs cris de duo.

Tarsier spectre (Tarsius tarsier) : présent sur Sulawesi, il a longtemps servi de référence pour l’ensemble des tarsiers de la région, autrefois regroupés sous un même nom. La révision taxinomique a séparé de nombreuses populations insulaires, dont celle de Siau.

Tarsier des Philippines (Carlito syrichta) : d’apparence proche, il vit dans le sud des Philippines, sur des îles distinctes, et appartient à un genre différent ; la séparation géographique est le critère le plus sûr.

Une découverte tardive

Le tarsier de Siau n’a été formellement décrit qu’en 2008, alors même que sa population était déjà jugée très réduite. Il a figuré peu après parmi les primates considérés comme les plus menacés au monde dans des bilans internationaux, illustrant le fait que des espèces de primates restent identifiées à une époque où leur survie est déjà en jeu, en particulier sur les petites îles volcaniques du Sud-Est asiatique.

Questions fréquentes

Où vit le tarsier de Siau ?
Il est endémique de l'île de Siau, une petite île volcanique de l'archipel des Sangihe, au nord de Sulawesi, en Indonésie. On ne le trouve nulle part ailleurs dans le monde. Son aire est extrêmement réduite, limitée à cette seule île.
Le tarsier de Siau est-il dangereux pour l'homme ?
Non. Ce primate pèse quelques dizaines de grammes et se nourrit d'insectes et de petits vertébrés. Il est nocturne et fuit le contact humain. Il ne présente aucun danger.
Pourquoi est-il en danger critique d'extinction ?
Son aire de répartition se limite à une seule petite île dominée par un volcan actif, le mont Karangetang, ce qui l'expose à un risque catastrophique en cas d'éruption. S'ajoutent la perte d'habitat et une capture locale pour la consommation.
Comment le distinguer des autres tarsiers ?
Le tarsier de Siau se reconnaît surtout par sa localisation : il est le seul tarsier de l'île de Siau. Morphologiquement, il se distingue des autres espèces des Sangihe et de Sulawesi par des détails de vocalisation et de mensurations, difficiles à observer sur le terrain.
Peut-on l'observer dans la nature ?
C'est très difficile. L'espèce est rare, nocturne, cantonnée à une île isolée et sensible au dérangement. Les tarsiers supportent mal la captivité, aussi les observations se font-elles dans leur milieu naturel, avec une grande prudence.

Sources

  1. Tarsius tumpara, Siau Island TarsierIUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
  2. Shekelle et al., A new tarsier species from the Sangihe Islands, IndonesiaPrimate Conservationconsulté le 22 juillet 2026
  3. Tarsius tumparaGlobal Biodiversity Information Facility (GBIF)consulté le 22 juillet 2026