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Mammifères · Primates

Loris lent de Bornéo

Nycticebus menagensis

Petit primate nocturne au pelage brun-roux, aux grands yeux ronds cerclés de sombre, agrippé à une branche fine la nuit.

Le loris lent de Bornéo (Nycticebus menagensis) est un petit primate strepsirrhinien nocturne de la famille des Lorisidae, réparti sur l’île de Bornéo, quelques îles environnantes et l’archipel de Sulu au sud des Philippines. Il appartient au genre Nycticebus, qui regroupe les loris lents d’Asie du Sud-Est. Son trait le plus distinctif tient à sa petite taille : il figure parmi les loris lents les plus légers, avec une masse fréquemment inférieure à 500 grammes.

Le nom vernaculaire pose problème. Décrit à l’origine à partir de spécimens de l’archipel de Sulu, l’espèce est souvent appelée « loris lent des Philippines » dans la littérature ancienne, alors que l’essentiel de son aire se trouve à Bornéo, d’où l’appellation concurrente « loris lent de Bornéo ». Aucune des deux formes n’est parfaitement satisfaisante et l’usage français n’est pas fixé. Par ailleurs, la taxonomie du groupe a été révisée : en 2013, plusieurs populations autrefois incluses dans menagensis ont été proposées comme espèces distinctes, une révision qui n’est pas universellement adoptée.

Morphologie

Le loris lent de Bornéo présente une silhouette trapue caractéristique du genre : corps arrondi, membres de longueur comparable, queue réduite à un moignon dissimulé sous le pelage. La longueur tête-corps se situe approximativement entre 27 et 35 centimètres, pour une masse généralement comprise entre 260 et 600 grammes, ce qui en fait l’un des plus petits représentants du genre. Ces fourchettes reposent sur des échantillons limités.

Le pelage est brun-roux à fauve, plus pâle sur le ventre. Contrairement à d’autres loris lents, la bande dorsale sombre est peu marquée ou absente, et les marques faciales sont peu contrastées. La face porte le masque typique des loris : grands yeux ronds rapprochés, orientés vers l’avant et permettant une vision binoculaire adaptée à l’obscurité, cerclés de zones plus sombres, séparés par une ligne claire remontant sur le front. Les oreilles sont petites et arrondies, souvent en partie masquées par la fourrure. Le dimorphisme sexuel est peu prononcé.

Les mains et les pieds sont préhensiles, dotés d’une pince puissante formée par l’opposition du pouce ; le deuxième doigt est réduit. Un réseau vasculaire particulier dans les membres permet à l’animal de maintenir une prise ferme durant de longues périodes sans fatigue musculaire notable.

Répartition et habitat

L’aire de répartition couvre l’île de Bornéo dans son ensemble — territoires indonésiens du Kalimantan, États malaisiens de Sabah et Sarawak, et Brunei — ainsi que plusieurs petites îles adjacentes et l’archipel de Sulu, dans le sud des Philippines. Cette présence aux Philippines fait de l’espèce l’un des rares loris lents à franchir la limite biogéographique traditionnelle de la région.

L’espèce fréquente les forêts tropicales humides de plaine, les forêts secondaires, les mangroves, ainsi que des milieux modifiés comme les plantations, jardins boisés et zones agroforestières, où elle peut se maintenir tant que subsiste une strate arborée continue. Elle est essentiellement arboricole et se déplace dans la canopée et le sous-bois. Les données précises d’altitude ne sont pas bien établies pour cette espèce, mais elle est surtout associée aux basses terres.

Milieu de vie typique de l'espèce Nycticebus menagensis
Forêt tropicale humide de plaine à Bornéo, milieu nocturne typique du loris lent, ici dissimulé haut dans la végétation.

Comportement et régime alimentaire

Le loris lent de Bornéo est strictement nocturne et solitaire pour l’essentiel de son activité. Il se déplace avec une lenteur et une prudence remarquables, d’où le nom du groupe : une progression méthodique, main après main, qui limite le bruit et le rend discret face aux prédateurs. Il peut cependant réagir vite lorsqu’il capture une proie.

Le régime est omnivore. Il combine gomme et exsudats végétaux, nectar, fruits, insectes et petits animaux. Chez les loris lents en général, les gommes végétales occupent une part importante de l’alimentation, l’animal entaillant l’écorce pour en faire couler la sève ; les proportions exactes pour N. menagensis ne sont pas précisément documentées. L’organisation sociale repose sur des domaines vitaux, avec des marquages olfactifs et des contacts entre individus voisins, notamment lors de la reproduction.

Un trait notable du genre est la production d’une sécrétion toxique par une glande brachiale située à la face interne du coude. En léchant cette glande, l’animal enduit sa salive d’un composé qui, transmis par morsure, peut provoquer des réactions douloureuses et parfois graves. Ce venin sert probablement à la défense contre les prédateurs et pourrait jouer un rôle dans les interactions entre individus.

Reproduction

Les données reproductives propres à N. menagensis sont fragmentaires et souvent extrapolées à partir du genre. Chez les loris lents, la gestation est longue au regard de la taille de l’animal et la portée compte généralement un seul petit, parfois deux. Le jeune s’accroche au pelage de sa mère et peut être « déposé » sur une branche pendant qu’elle se nourrit, comportement documenté chez les Nycticebus. La durée exacte de gestation, l’âge à la maturité sexuelle et la longévité de cette espèce précise ne sont pas connus avec certitude et ne sont donc pas chiffrés ici.

Statut de conservation

L’espèce est classée « vulnérable » (VU) sur la Liste rouge de l’UICN, catégorie signalant un risque élevé d’extinction à moyen terme si les pressions actuelles se maintiennent. Le statut global masque des situations locales contrastées : certaines populations de Bornéo persistent dans des milieux dégradés, tandis que d’autres, notamment insulaires ou dans l’archipel de Sulu, sont plus fragiles.

Les principales pressions identifiées sont :

  • la déforestation et la conversion des forêts de plaine en plantations, notamment de palmier à huile ;
  • la capture pour le commerce illégal d’animaux de compagnie, les loris lents étant très recherchés malgré leur venin ;
  • le prélèvement pour la médecine traditionnelle dans certaines régions ;
  • la mortalité routière et l’électrocution sur les lignes électriques en milieu périurbain ;
  • la fragmentation des habitats, qui isole les populations.

Le commerce international des loris lents est encadré par leur inscription à l’annexe I de la CITES, qui interdit en principe le commerce commercial des spécimens sauvages.

Ne pas confondre

Loris lent du Bengale (Nycticebus bengalensis) : nettement plus grand et plus lourd, avec une répartition continentale allant du nord-est de l’Inde à l’Indochine, sans recouvrement avec l’aire insulaire de N. menagensis.

Loris lent de Sonde (Nycticebus coucang) : présent à Sumatra et dans la péninsule malaise, il porte généralement une bande dorsale sombre plus marquée et des contrastes faciaux plus nets que le loris lent de Bornéo, dont les marques sont atténuées.

Loris grêles (genre Loris) : de la même famille mais au corps mince, aux membres longs et graciles et aux yeux encore plus proéminents, ils sont restreints à l’Inde et au Sri Lanka et ne se rencontrent pas à Bornéo.

Un venin rare chez les mammifères

Le loris lent de Bornéo fait partie du très petit nombre de mammifères capables de délivrer une substance toxique par morsure. Le mécanisme, associant une glande brachiale et la salive, est exceptionnel parmi les primates et n’a pas d’équivalent connu dans ce groupe. Cette particularité, longtemps sous-estimée, a fait l’objet de recherches visant à comprendre son rôle défensif et social.

Questions fréquentes

Le loris lent de Bornéo est-il venimeux ?
Oui. Comme les autres loris lents, il possède une glande à la face interne du coude qui sécrète une substance que l'animal mélange à sa salive en léchant la zone. La morsure peut provoquer des réactions douloureuses, parfois violentes, chez l'humain. C'est l'un des rares mammifères connus pour un mécanisme de ce type.
Où vit cette espèce ?
Elle occupe l'île de Bornéo (Indonésie, Malaisie, Brunei), plusieurs îles voisines et l'archipel de Sulu, au sud des Philippines. Elle fréquente les forêts tropicales de plaine, les forêts secondaires, les mangroves et parfois les plantations et jardins boisés.
Comment le distinguer des autres loris lents ?
C'est l'un des plus petits loris lents et il se caractérise par l'absence de bande dorsale sombre nette et par des marques faciales peu contrastées, contrairement au loris lent du Bengale ou au loris lent de Sonde. Sa répartition à Bornéo et Sulu est aussi un critère d'identification.
Est-il menacé ?
Oui, il est classé « vulnérable » par l'UICN. Il subit la destruction de son habitat forestier et surtout la capture pour le commerce illégal d'animaux de compagnie, où les loris lents sont très recherchés malgré leur venin.

Sources

  1. Nycticebus menagensis (Philippine Slow Loris / Bornean Slow Loris)UICN Liste rouge des espèces menacéesconsulté le 22 juillet 2026
  2. Nycticebus menagensisMammal Species of the World / ITISconsulté le 22 juillet 2026
  3. Description of a new species of slow loris (Nycticebus) from BorneoMunds, Nekaris & Ford, American Journal of Primatology (2013)consulté le 22 juillet 2026