Tarsier de Horsfield
Cephalopachus bancanus

Le tarsier de Horsfield, Cephalopachus bancanus, est un petit primate nocturne d’Asie du Sud-Est, présent à Bornéo, Sumatra et dans plusieurs îles de la Sonde. Il appartient à la famille des Tarsiidae, un groupe ancien qui occupe une position particulière entre les strepsirhiniens (lémuriens, loris) et les haplorhiniens (singes, humains). Son trait le plus immédiatement identifiable est la taille démesurée de ses yeux : chaque globe oculaire est plus volumineux que son cerveau, une proportion sans équivalent chez les mammifères.
Le nom vernaculaire renvoie au naturaliste Thomas Horsfield, et l’espèce est aussi appelée tarsier occidental. Une ambiguïté fréquente concerne le genre : longtemps classé dans Tarsius, ce tarsier est désormais souvent placé dans le genre monotypique Cephalopachus, distinct des tarsiers de Sulawesi et des Philippines. Le classement reste discuté selon les référentiels, et certaines bases de données conservent encore la combinaison Tarsius bancanus.
Morphologie
Le corps mesure environ 12 à 15 centimètres, auquel s’ajoute une queue nue de longueur supérieure au corps, terminée par une petite touffe de poils. La masse adulte se situe entre 100 et 140 grammes. Le pelage est court, dense, de couleur brun-gris à ocre, plus pâle sur le ventre. Les yeux, énormes et fixes dans leur orbite, ne peuvent pas rouler : le tarsier compense par une rotation de la tête d’environ 180 degrés de part et d’autre. Les oreilles sont grandes, membraneuses et mobiles.
Les membres postérieurs sont très allongés, notamment le tarse — os du pied dont l’espèce tire son nom —, adaptation à la locomotion par bonds. Les doigts sont longs et se terminent par des coussinets adhésifs qui assurent la prise sur les supports verticaux. Toutes les extrémités portent des ongles plats, sauf deux orteils de chaque pied munis de griffes de toilettage. Le dimorphisme sexuel est faible : les mâles sont en moyenne à peine plus lourds que les femelles.
Répartition et habitat
L’aire de répartition couvre Bornéo, Sumatra, l’île de Bangka, Belitung et l’archipel de Natuna. Plusieurs sous-espèces sont reconnues selon les auteurs, dont bancanus, borneanus, saltator et natunensis, associées à ces différentes masses insulaires ; leur validité fait l’objet de discussions.
L’espèce occupe les forêts tropicales humides de plaine, primaires comme secondaires. Elle tolère les habitats dégradés, les lisières, les broussailles denses et fréquente parfois les plantations et jardins boisés, ainsi que les mangroves littorales. Elle privilégie la végétation basse, se maintenant le plus souvent à moins de deux mètres du sol, où elle exploite les tiges et petits troncs verticaux. Elle est essentiellement une espèce de basse altitude.
Comportement et régime alimentaire
Le tarsier de Horsfield est strictement nocturne. Il passe la journée dissimulé dans la végétation dense ou accroché à une tige verticale, tête repliée. L’activité démarre au crépuscule. La locomotion repose sur des bonds puissants entre supports verticaux, la posture de repos étant l’agrippement vertical.
Le régime est exclusivement animal, particularité rare chez les primates : aucun élément végétal n’est consommé. Les insectes dominent — coléoptères, orthoptères, papillons nocturnes, cigales —, complétés par de petits vertébrés tels que lézards, serpents, chauves-souris et oiseaux. La proie est repérée à l’ouïe et à la vue, puis capturée d’un bond, saisie à deux mains. L’organisation sociale est peu grégaire : les individus vivent seuls ou en couples lâches occupant des domaines vitaux qui se recouvrent partiellement. La communication passe par des vocalisations aiguës, en partie ultrasonores, et par le marquage olfactif.
Reproduction
La reproduction n’est pas strictement saisonnière dans l’ensemble de l’aire. La gestation est longue au regard de la taille de l’animal : environ six mois selon la littérature, valeur reposant toutefois sur un petit nombre d’observations et variable selon les sources. La portée est presque toujours réduite à un seul petit, exceptionnellement deux.
Le nouveau-né naît très développé, les yeux ouverts et le pelage fourni, capable de s’agripper dès la naissance. Il est porté à la bouche par la mère ou reste accroché à sa fourrure, et il grimpe rapidement de manière autonome. Le sevrage intervient en quelques semaines. La maturité sexuelle est atteinte vers l’âge d’un an. La longévité est mal connue en milieu naturel ; les données de captivité suggèrent une durée de vie de l’ordre de huit à douze ans.
Statut de conservation
L’espèce est classée « Vulnérable » (VU) sur la Liste rouge de l’UICN, catégorie indiquant un risque élevé d’extinction à moyen terme si les pressions actuelles se maintiennent. Le déclin est lié à la contraction et à la fragmentation de son habitat forestier.
- Déforestation massive de Bornéo et Sumatra, conversion des forêts en plantations de palmier à huile et en cultures.
- Fragmentation des habitats qui isole les populations et limite les déplacements.
- Prélèvement pour le commerce d’animaux de compagnie, particulièrement dommageable car l’espèce survit très mal en captivité privée : son régime insectivore vivant et son stress élevé rendent la détention presque toujours fatale.
- Usage local ponctuel dans certaines pratiques.
Le statut global masque des situations contrastées : l’espèce persiste dans des forêts secondaires et des habitats anthropisés là où subsistent des corridors végétaux, mais des populations insulaires isolées, comme celles de Natuna, sont plus vulnérables en raison de leur aire restreinte.
Ne pas confondre
- Tarsier des Philippines (Carlito syrichta) : espèce voisine mais géographiquement séparée, cantonnée aux Philippines ; elle ne coexiste pas avec le tarsier de Horsfield.
- Tarsier spectre (Tarsius tarsier) et autres tarsiers de Sulawesi : présents uniquement à Sulawesi et sur des îles proches, ils s’en distinguent par la répartition et par des caractères vocaux propres à chaque espèce.
- Loris paresseux (Nycticebus spp.) : autre petit primate nocturne de la région, mais aux mouvements lents, sans queue apparente, aux yeux grands mais nettement plus petits proportionnellement, et dépourvu de la locomotion par bonds.
Un régime unique chez les primates
Le tarsier de Horsfield est l’un des rares primates, avec les autres tarsiers, à ne consommer aucun aliment d’origine végétale : son alimentation est entièrement carnée. Cette spécialisation, combinée à des yeux fixes compensés par une extrême rotation de la tête et à une audition fine dans les hautes fréquences, en fait un prédateur nocturne strict, cas isolé dans l’ordre des primates.
Questions fréquentes
Où vit le tarsier de Horsfield ?
Pourquoi survit-il mal en captivité ?
Faut-il l'appeler Tarsius ou Cephalopachus bancanus ?
Est-il menacé ?
Sources
- Cephalopachus bancanus, IUCN Red List of Threatened SpeciesUICNconsulté le 21 juillet 2026
- Mammal Species of the World, 3rd editionWilson & Reeder / Bucknell Universityconsulté le 21 juillet 2026
- Handbook of the Mammals of the World, Vol. 3: PrimatesLynx Edicionsconsulté le 21 juillet 2026
