Alpaga
Vicugna pacos

L’alpaga (Vicugna pacos) est un camélidé domestique d’Amérique du Sud, élevé depuis plusieurs millénaires dans les hautes terres andines pour sa fibre. Il appartient au groupe des camélidés sud-américains, qui comprend deux espèces sauvages, le guanaco et la vigogne, et deux formes domestiques, le lama et l’alpaga. Son trait le plus distinctif est sa toison, dense, homogène et couvrant une large partie du corps, y compris le sommet de la tête, ce qui lui donne une silhouette arrondie caractéristique.
Le nom vernaculaire n’induit pas d’ambiguïté, mais l’attribution scientifique de l’espèce a longtemps été débattue. L’alpaga a été classé pendant des décennies dans le genre Lama sous le nom Lama pacos. Les analyses génétiques publiées à partir des années 2000 ont montré que l’alpaga descend principalement de la vigogne (Vicugna vicugna) et non du guanaco, ce qui a conduit à le reclasser dans le genre Vicugna. Cette question reste techniquement discutée, notamment en raison des croisements historiques entre alpagas et lamas.
Morphologie
L’alpaga est un animal de taille moyenne parmi les camélidés. La hauteur au garrot se situe généralement entre 80 et 100 centimètres, pour une longueur totale de l’ordre de 120 à 220 centimètres selon la manière dont on mesure le cou dressé. Le poids adulte varie couramment de 55 à 85 kilogrammes. Le dimorphisme sexuel est faible : les mâles sont en moyenne un peu plus lourds que les femelles, sans que la différence soit marquée.
Le caractère morphologique le plus visible est la toison. On distingue deux races principales : le huacaya, à fibre bouclée et gonflante qui donne un aspect duveteux, et le suri, à fibre longue, lisse et pendante formant des mèches. La robe couvre un large spectre de couleurs naturelles, du blanc au noir en passant par le fauve, le brun et le gris. La tête est courte, les oreilles droites et effilées, plus petites que celles du lama. Contrairement aux vrais ruminants, les camélidés possèdent un estomac à trois compartiments et des incisives inférieures proclives adaptées au broutage des herbes courtes.
Répartition et habitat
L’alpaga étant une forme domestique, il n’a pas d’aire de répartition naturelle au sens strict. Il est concentré dans les hautes terres andines, principalement au Pérou, en Bolivie, au Chili et en Équateur. Le Pérou en héberge la grande majorité de l’effectif mondial. Des élevages existent aussi hors de l’aire d’origine, notamment en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie, mais il s’agit de populations captives introduites.
Dans son milieu andin, l’alpaga fréquente la puna, les prairies d’altitude froides et les steppes situées entre 3 500 et 5 000 mètres. Il dépend particulièrement des bofedales, pâturages humides et tourbeux entretenus par l’eau de fonte, qui fournissent un fourrage vert une grande partie de l’année. Ces milieux d’altitude imposent de fortes amplitudes thermiques quotidiennes et une faible pression en oxygène, auxquelles le sang de l’espèce est adapté grâce à une hémoglobine à forte affinité pour l’oxygène.
Comportement et régime alimentaire
L’alpaga est un herbivore diurne. Il broute principalement des graminées et des plantes basses des prairies d’altitude, en coupant l’herbe plutôt qu’en l’arrachant, ce qui limite la dégradation du couvert végétal par rapport à d’autres herbivores. Son régime est presque exclusivement composé de fourrage herbacé, complété selon les saisons par des plantes des zones humides. L’espèce est efficace pour tirer des nutriments d’un fourrage pauvre.
C’est un animal social qui vit en groupes. En élevage traditionnel, les troupeaux sont structurés autour de femelles avec leurs jeunes, encadrés par des mâles. Comme les autres camélidés, l’alpaga utilise des tas de déjections communs, à des emplacements fixes, comportement qui facilite la gestion sanitaire des troupeaux. Les crachats dirigés vers un congénère ou un intrus font partie du répertoire de communication et d’apaisement des tensions au sein du groupe.
Reproduction
La reproduction de l’alpaga présente une particularité : l’ovulation est induite par l’accouplement et non déclenchée par un cycle spontané. La gestation dure environ onze mois et demi, soit de l’ordre de 340 à 350 jours. La portée est presque toujours d’un seul petit, appelé cria. Les naissances gémellaires sont rares. Le petit naît capable de se tenir debout et de suivre sa mère dans les heures qui suivent la mise bas.
Le sevrage intervient généralement vers six mois. La maturité sexuelle est atteinte vers un à deux ans selon le sexe et l’état corporel. La longévité en élevage est couramment de quinze à vingt ans. Les mises bas ont lieu de préférence en journée, ce qui, dans un milieu froid, augmente les chances de survie du nouveau-né.
Statut de conservation
En tant qu’animal domestique, l’alpaga n’est pas évalué par la Liste rouge de l’UICN, qui porte sur les taxons sauvages. Son statut est donc « non évalué » à ce titre. L’espèce n’est pas menacée en termes d’effectifs, comptés en millions d’individus. Les enjeux de conservation qui la concernent portent plutôt sur la diversité génétique et sur les milieux dont elle dépend.
- Croisements historiques avec le lama ayant réduit la pureté génétique de certaines lignées d’alpaga.
- Érosion des savoir-faire d’élevage traditionnel dans certaines régions andines.
- Fragilité des bofedales face au changement climatique et à la réduction des glaciers, qui alimentent ces pâturages humides.
- Concurrence, sur les parcours, avec d’autres formes d’élevage plus intensives.
À l’inverse, l’ancêtre sauvage, la vigogne, a connu un fort déclin par surchasse avant de se rétablir, ce qui illustre le contraste entre le statut de la forme domestique et celui des camélidés andins sauvages.
Ne pas confondre
- Lama (Lama glama) : nettement plus grand et plus lourd, avec une tête plus allongée, des oreilles plus longues souvent recourbées, et une toison qui ne couvre pas la face. Le lama est traditionnellement un animal de bât, l’alpaga un animal à fibre.
- Vigogne (Vicugna vicugna) : ancêtre sauvage de l’alpaga, plus fine et plus élancée, à toison courte de couleur fauve uniforme avec une gorge et un ventre blancs. Sa fibre, extrêmement fine, ne présente pas la diversité de couleurs de l’alpaga.
- Guanaco (Lama guanicoe) : camélidé sauvage à robe fauve à tête grisâtre, plus haut sur pattes et à toison courte, sans l’aspect laineux couvrant de l’alpaga.
Une fibre exploitée depuis des millénaires
L’alpaga a été domestiqué dans les Andes il y a environ six à sept mille ans, selon les données archéologiques disponibles, ce qui en fait l’un des plus anciens animaux d’élevage textiles. Sa fibre, creuse et légère, offre un bon pouvoir isolant. Les cultures andines préhispaniques, notamment inca, accordaient une grande valeur aux textiles de camélidés, réservant certaines qualités de fibre à des usages rituels ou d’élite. Cette fonction textile, et non alimentaire ou de portage, distingue l’alpaga du lama dans le système d’élevage andin.
Questions fréquentes
Un alpaga est-il dangereux pour l'homme ?
Quelle est la différence entre un alpaga et un lama ?
Où vit l'alpaga à l'état naturel ?
L'alpaga est-il une espèce menacée ?
Pourquoi élève-t-on des alpagas ?
Sources
- Genetic analysis reveals the wild ancestors of the llama and the alpacaProceedings of the Royal Society B (Kadwell et al., 2001)consulté le 22 juillet 2026
- Domestic Animal Diversity Information System (DAD-IS) — AlpacaFAOconsulté le 22 juillet 2026
- Vicugna pacos — Animal Diversity WebUniversity of Michigan Museum of Zoologyconsulté le 22 juillet 2026
- Vicugna vicugna (Vicuña) — The IUCN Red List of Threatened SpeciesUICNconsulté le 22 juillet 2026
