Tapir des montagnes
Tapirus pinchaque

Le tapir des montagnes (Tapirus pinchaque) est le plus petit des quatre tapirs américains et le seul à vivre en haute altitude, dans la cordillère des Andes du nord. Son trait le plus distinctif est une fourrure épaisse et laineuse, adaptation au froid des étages supérieurs, absente chez les autres tapirs qui occupent des milieux tropicaux de plaine. Une bordure blanchâtre entoure les lèvres et parfois le bord des oreilles, dessinant un contraste net sur une robe brun sombre à presque noire.
L’épithète pinchaque vient d’un nom donné à l’animal par les populations andines. Le tapir est parfois appelé « tapir laineux » ou « danta de páramo » dans son aire de répartition. Malgré une silhouette évoquant un cochon ou un petit rhinocéros, le tapir n’est apparenté ni à l’un ni à l’autre de près : il appartient à l’ordre des périssodactyles, celui des chevaux et des rhinocéros, caractérisé par un nombre impair de doigts porteurs.
Morphologie
Le tapir des montagnes mesure environ 180 à 250 cm de longueur pour une hauteur au garrot de l’ordre de 75 à 90 cm. Le poids adulte se situe généralement entre 136 et 250 kg selon les sources, ce qui en fait le plus léger des tapirs. La femelle est en moyenne un peu plus grande que le mâle, un dimorphisme modéré fréquent chez les tapirs.
La caractéristique la plus visible est la fourrure : longue, dense et laineuse, brun foncé à noirâtre, très différente du pelage court des autres espèces. Les lèvres et le pourtour de la bouche sont bordés de poils blancs, et le bout des oreilles porte souvent une frange claire. Le museau se prolonge en une courte trompe préhensile formée de la lèvre supérieure et du nez, utilisée pour saisir le feuillage. Comme les autres périssodactyles, le tapir porte quatre doigts aux pattes antérieures et trois aux postérieures. Les jeunes naissent avec une livrée de rayures et de taches claires sur fond sombre, camouflage qui s’estompe vers l’âge de six mois à un an.
Répartition et habitat
L’espèce est endémique de la cordillère des Andes du nord. Elle est présente en Colombie, en Équateur et dans l’extrême nord du Pérou. Sa présence historique au Venezuela est incertaine et probablement marginale. Aucune sous-espèce n’est reconnue.
Le tapir des montagnes occupe les forêts de nuage, les forêts humides de montagne et les páramos, ces prairies d’altitude situées au-dessus de la limite forestière. Il fréquente typiquement des altitudes comprises entre environ 2 000 et 4 400 m, ce qui en fait le seul tapir véritablement montagnard. Il se déplace entre la forêt et le páramo, utilisant le couvert forestier pour le repos et les milieux ouverts pour l’alimentation. La disponibilité en eau conditionne fortement sa présence : il fréquente les zones humides, les tourbières et les cours d’eau où il se baigne et se vautre.
Comportement et régime alimentaire
Le tapir des montagnes est solitaire et essentiellement crépusculaire et nocturne, bien qu’une activité diurne soit observée dans les zones peu dérangées. Il emprunte des sentiers réguliers reliant zones d’alimentation, points d’eau et sites de repos.
Le régime est strictement herbivore et repose sur le broutage d’une grande diversité de plantes : feuilles, jeunes pousses, tiges, fougères et végétaux des páramos comme les frailejones (Espeletia). La proportion exacte des différentes catégories végétales varie selon les études et les localités ; le nombre d’espèces végétales consommées se compte en dizaines. Le tapir joue un rôle de disperseur de graines : les semences ingérées transitent par le tube digestif et sont déposées avec les fèces, souvent à distance de la plante mère, ce qui en fait un agent important de régénération des forêts andines.
Les individus occupent des domaines vitaux qui se recouvrent partiellement. Le marquage se fait notamment par des dépôts de fèces le long des pistes et dans l’eau.
Reproduction
La reproduction ne semble pas strictement saisonnière. La gestation est longue, de l’ordre de treize mois (environ 390 jours), et donne naissance à un seul petit, exceptionnellement deux. Le nouveau-né porte la livrée rayée et tachetée caractéristique des jeunes tapirs, qui disparaît progressivement au cours de la première année.
Le sevrage intervient après plusieurs mois. La maturité sexuelle est atteinte vers trois ans. En captivité, la longévité peut dépasser vingt ans et atteindre une trentaine d’années ; les données sur la longévité en milieu naturel sont fragmentaires. Le faible taux de reproduction, avec un seul jeune par portée et une longue gestation, rend les populations lentes à se reconstituer après un déclin.
Statut de conservation
L’espèce est classée « En danger » (EN) par l’UICN. Cette catégorie indique un risque élevé d’extinction à l’état sauvage à moyen terme. La population totale est estimée à moins de 2 500 individus matures et en déclin, ce qui en fait l’un des tapirs les plus menacés.
Les pressions identifiées sont :
- la conversion des forêts de montagne et des páramos en pâturages et cultures ;
- la fragmentation de l’habitat, qui isole des sous-populations de petite taille ;
- la chasse, pour la viande ou en représailles de dégâts supposés aux cultures ;
- la concurrence et les maladies liées au bétail domestique dans les páramos ;
- le changement climatique, qui déplace vers le haut la limite des milieux d’altitude.
Le statut global masque des situations locales contrastées : certaines populations survivent dans des aires protégées relativement bien connectées, tandis que d’autres, dans des paysages agricoles, sont réduites à quelques individus isolés au devenir précaire.
Ne pas confondre
Tapir du Brésil (Tapirus terrestris) : espèce de plaine amazonienne, à pelage court et non laineux, plus grande, portant une crinière dorsale marquée ; son aire ne recouvre celle du tapir des montagnes qu’à basse altitude, en marge.
Tapir de Baird (Tapirus bairdii) : présent en Amérique centrale et dans le nord-ouest de l’Amérique du Sud, également à pelage court, plus massif, sans la fourrure épaisse ni la bordure labiale blanche aussi nette.
Tapir kabomani (Tapirus kabomani), dont la validité comme espèce distincte est débattue : décrit en Amazonie de basse altitude, il ne partage pas l’habitat montagnard ni le pelage laineux du tapir des montagnes.
Un mammifère du froid andin
Le tapir des montagnes est le seul représentant actuel de sa famille à s’être adapté durablement aux climats froids de haute altitude, sa fourrure laineuse constituant une réponse morphologique directe à cet environnement. Son rôle de disperseur de grosses graines dans les forêts de nuage et les páramos en fait une espèce dont la disparition affecterait la régénération de ces écosystèmes, ce qui lui vaut d’être considéré comme une espèce clé de voûte pour ces milieux.
Questions fréquentes
Le tapir des montagnes est-il dangereux pour l'homme ?
Où peut-on voir un tapir des montagnes ?
Comment le distinguer du tapir du Brésil ?
Le tapir des montagnes est-il menacé ?
Le tapir est-il apparenté au cochon ou au rhinocéros ?
Sources
- Tapirus pinchaque, Mountain TapirIUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
- Tapirus pinchaque (Mountain tapir)Animal Diversity Web, University of Michiganconsulté le 22 juillet 2026
- Tapir Specialist Group – espèces de tapirsIUCN SSC Tapir Specialist Groupconsulté le 22 juillet 2026
