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Mammifères · Mammifères marins

Morse

Odobenus rosmarus

Morse adulte couché sur la glace, peau brune plissée, deux longues défenses blanches et museau garni de nombreuses vibrisses.

Le morse (Odobenus rosmarus) est un grand pinnipède de l’ordre des Carnivora, seule espèce vivante de la famille des Odobenidae. Il occupe les eaux froides et peu profondes de l’Arctique et des zones subarctiques de l’hémisphère nord. Son trait le plus immédiatement reconnaissable est la paire de longues défenses présentes chez les deux sexes, prolongements des canines supérieures qui peuvent dépasser plusieurs dizaines de centimètres. Cette caractéristique, associée à une peau épaisse et plissée quasi dépourvue de fourrure chez l’adulte et à un museau garni d’un épais faisceau de vibrisses, distingue le morse de tous les autres mammifères marins.

Le nom de genre Odobenus dérive du grec et signifie approximativement « qui marche avec les dents », en référence à l’usage des défenses pour se hisser hors de l’eau sur la glace. Une idée reçue tenace veut que ces défenses servent principalement à déterrer les coquillages : en réalité, c’est le museau et les vibrisses, non les défenses, qui assurent l’essentiel de la recherche et de la capture des proies. Les défenses jouent surtout un rôle social et d’ancrage sur la glace.

Morphologie

Le morse présente un dimorphisme sexuel marqué. Les mâles adultes mesurent couramment de 3 à 3,6 mètres et pèsent souvent entre 800 et 1 700 kg, les plus grands individus du Pacifique atteignant des masses supérieures. Les femelles sont nettement plus petites, autour de 2,2 à 3 mètres pour un poids généralement compris entre 400 et 800 kg. La peau, brun-roux à brun-gris, est épaisse et fortement plissée au niveau du cou et des épaules ; elle apparaît souvent pâle et blanchâtre après un séjour prolongé dans l’eau froide, la circulation sanguine cutanée étant réduite, puis rougeâtre au réchauffement.

Les défenses, canines supérieures très développées, sont présentes chez les deux sexes mais plus longues et plus épaisses chez le mâle. Le museau porte plusieurs centaines de vibrisses tactiles organisées en coussinet, utilisées pour détecter les invertébrés enfouis. Une couche de graisse sous-cutanée épaisse assure l’isolation thermique et constitue une réserve d’énergie. Les nageoires postérieures peuvent être orientées vers l’avant, ce qui permet à l’animal de se déplacer à terre, à la différence des vrais phoques.

Répartition et habitat

Le morse occupe une distribution circumpolaire discontinue dans l’Arctique. On distingue classiquement deux sous-espèces principales : le morse de l’Atlantique (O. r. rosmarus), présent de l’est du Canada et du Groenland jusqu’au Svalbard et à la mer de Barents, et le morse du Pacifique (O. r. divergens), réparti dans la mer de Béring et la mer des Tchouktches, entre l’Alaska et la Russie. Une éventuelle troisième forme dans la mer de Laptev reste discutée.

L’espèce fréquente les plateaux continentaux peu profonds, généralement à moins de 80 à 100 mètres de profondeur, où l’accès aux fonds meubles riches en invertébrés est possible. Elle dépend de la banquise dérivante et de la glace côtière comme plateformes de repos, de mise bas et de mue, et se rassemble aussi sur des sites de mise à terre côtiers lorsque la glace fait défaut.

Milieu de vie typique de l'espèce Odobenus rosmarus
Banquise dérivante au-dessus d'un plateau continental peu profond de l'Arctique, milieu typique de repos et d'alimentation du morse.

Comportement et régime alimentaire

Le morse est un carnivore benthique spécialisé. Son régime est dominé par les invertébrés du fond, en particulier les bivalves comme les palourdes, mais inclut aussi des gastéropodes, des vers, des crustacés et d’autres invertébrés. L’animal localise ses proies par le toucher grâce à ses vibrisses, puis aspire la chair des mollusques en créant une forte succion buccale ; les coquilles sont généralement rejetées. Certains individus, souvent de grands mâles, consomment occasionnellement des proies plus grandes, y compris des phoques, mais ce comportement reste marginal.

Le morse est grégaire et se rassemble en groupes pouvant compter plusieurs milliers d’individus sur les sites de repos. Les groupes sont souvent structurés selon le sexe et l’âge en dehors de la saison de reproduction. Les mâles émettent des sons variés, notamment des claquements et des sons produits par des poches pharyngiennes, dans un contexte d’affichage reproducteur.

Reproduction

La reproduction a lieu en hiver, généralement entre janvier et mars. La femelle présente une implantation différée : après la fécondation, l’embryon reste plusieurs mois en diapause avant l’implantation, si bien que la durée totale entre l’accouplement et la naissance avoisine quinze mois. Un seul petit naît, le plus souvent au printemps de l’année suivante. Le jeune reste dépendant de sa mère pendant une longue période, l’allaitement pouvant se prolonger sur plus d’un an, parfois deux, ce qui espace les naissances et donne au morse un taux de reproduction faible.

La maturité sexuelle est atteinte plus tard chez les mâles, qui ne se reproduisent effectivement qu’après avoir acquis une taille suffisante pour rivaliser, que chez les femelles. La longévité en milieu naturel est estimée à environ 30 à 40 ans.

Statut de conservation

Le morse est classé « Vulnérable » (VU) sur la Liste rouge de l’UICN, catégorie qui indique un risque élevé d’extinction à moyen terme si les pressions se maintiennent. Ce statut global recouvre des situations locales contrastées : certaines populations sont relativement stables, d’autres sont en déclin ou mal évaluées faute de données.

  • Réduction de la banquise arctique liée au réchauffement climatique, qui supprime des plateformes de repos et de mise bas et contraint les animaux à des rassemblements terrestres surpeuplés.
  • Écrasements de jeunes lors des mouvements de panique sur les sites de mise à terre, souvent déclenchés par un dérangement.
  • Chasse de subsistance et prélèvements locaux, encadrés selon les régions.
  • Dérangement par le trafic maritime, l’exploration industrielle et le survol.
  • Modification de la répartition et de l’abondance de leurs proies benthiques.

Ne pas confondre

  • Éléphant de mer (Mirounga spp.) : très grand pinnipède également, mais dépourvu de défenses ; le mâle porte une trompe nasale, et l’espèce vit dans des régions tempérées à subantarctiques, non dans l’Arctique.
  • Otarie (famille des Otariidae) : possède des oreilles externes visibles et une fourrure dense, caractères absents chez le morse adulte, et n’a pas de défenses.
  • Phoques (famille des Phocidae, par exemple le phoque barbu Erignathus barbatus) : partagent l’Arctique et portent aussi des vibrisses, mais aucun n’a de longues défenses et leur silhouette est plus fuselée.

Une lignée réduite à une seule espèce

Les Odobenidae formaient autrefois une famille diversifiée, connue par de nombreux fossiles du Miocène et du Pliocène dans le Pacifique Nord. Le morse actuel en est l’unique représentant vivant, ce qui en fait un témoin isolé d’un groupe autrefois plus riche de pinnipèdes.

Questions fréquentes

Le morse est-il dangereux pour l'homme ?
Le morse n'attaque pas spontanément mais reste un animal massif et puissant, capable de blessures graves avec ses défenses s'il se sent acculé. Des cas de morses ayant éventré des embarcations légères sont documentés dans l'Arctique. La prudence consiste à ne jamais s'approcher d'un groupe à terre, dont la fuite paniquée provoque aussi des écrasements entre individus.
À quoi servent les défenses du morse ?
Les défenses, qui sont des canines supérieures très allongées, servent surtout aux interactions sociales et à l'affirmation du rang entre individus. Elles aident aussi l'animal à se hisser hors de l'eau sur la glace, d'où le nom de genre Odobenus, « qui marche avec les dents ». Elles ne sont pas l'outil principal pour extraire les proies du sédiment.
Que mange le morse ?
Le morse est un carnivore benthique qui se nourrit principalement d'invertébrés du fond marin, en particulier de bivalves comme les palourdes. Il localise ses proies grâce à ses vibrisses très sensibles et aspire la chair des coquillages. Il peut aussi consommer d'autres invertébrés et, plus rarement, des proies plus grandes.
Le morse est-il une espèce menacée ?
Le morse est classé « Vulnérable » sur la Liste rouge de l'UICN. Les principales pressions sont la réduction de la banquise liée au réchauffement, qui supprime des plateformes de repos, ainsi que le dérangement et la chasse locale. La situation varie fortement selon les populations et les régions de l'Arctique.
Où peut-on voir des morses ?
Le morse vit dans les eaux arctiques et subarctiques de l'hémisphère nord, autour du Groenland, du Svalbard, du Canada arctique, de l'Alaska et de la Russie. On l'observe sur la banquise dérivante et sur des sites de mise à terre côtiers où les individus se rassemblent en grand nombre. Il n'est pas présent en Antarctique.

Sources

  1. Odobenus rosmarus (Walrus)IUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
  2. Odobenus rosmarusAnimal Diversity Web, University of Michiganconsulté le 22 juillet 2026
  3. Marine Mammals of the World: Systematics and DistributionSociety for Marine Mammalogyconsulté le 22 juillet 2026
  4. Walrus (Odobenus rosmarus) species profileNOAA Fisheriesconsulté le 22 juillet 2026