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Mammifères · Mammifères marins

Dauphin aptère boréal

Lissodelphis borealis

Dauphin noir et blanc sans nageoire dorsale nageant près de la surface, ventre blanc, corps élancé et fuselé.

Le dauphin aptère boréal (Lissodelphis borealis) est un delphinidé du Pacifique Nord tempéré froid, immédiatement reconnaissable à l’absence complète de nageoire dorsale. Cette particularité, qu’il partage avec la seule autre espèce du genre, le dauphin aptère austral (Lissodelphis peronii), lui confère une silhouette en forme de fuseau glissant sous la surface, sans aucun aileron pour rompre la ligne du dos. À distance, un groupe qui bondit à la surface évoque davantage une bande de phoques ou de pingouins qu’un rassemblement de cétacés.

Le nom vernaculaire prête souvent à confusion. En anglais, l’espèce est appelée northern right whale dolphin, en référence aux baleines franches (right whales) qui, elles aussi, n’ont pas de nageoire dorsale : le rapprochement est purement morphologique et non phylogénétique. Le qualificatif français « aptère » signifie littéralement « sans aile », c’est-à-dire sans aileron dorsal. L’appellation « dauphin du Nord », parfois rencontrée, est imprécise et n’est pas l’usage établi.

Morphologie

Le corps est particulièrement mince et allongé, adapté à la nage rapide en haute mer. La longueur totale atteint couramment de 2 à 3,1 mètres, les mâles étant en moyenne plus grands que les femelles. Le poids adulte se situe généralement entre 60 et 115 kilogrammes, mais les données précises restent rares pour cette espèce peu étudiée.

La coloration est fortement contrastée : le dos, les flancs et la majeure partie du corps sont noirs ou d’un brun très foncé, tandis qu’une bande ventrale blanche nettement délimitée court de la gorge jusqu’à la région anale, s’élargissant sur la poitrine. Une petite tache blanche marque souvent l’extrémité du museau. Les nageoires pectorales sont fines, courbées et pointues ; la nageoire caudale porte fréquemment une frange claire sur son bord postérieur.

Le trait diagnostique absolu demeure l’absence totale de nageoire dorsale, sans même de crête ou de bosse résiduelle. Le melon est modéré et le rostre relativement court et fin. Le dimorphisme sexuel se limite pour l’essentiel à une taille légèrement supérieure chez les mâles.

Répartition et habitat

L’espèce est endémique des eaux tempérées froides du Pacifique Nord. Son aire s’étend d’ouest en est depuis les côtes du Japon et de l’extrême-orient russe, à travers le Pacifique Nord central, jusqu’aux eaux de la Colombie-Britannique, de l’Oregon, de la Californie et de la Basse-Californie. La limite septentrionale suit approximativement la zone de transition subarctique, la limite méridionale variant selon les saisons et les remontées d’eaux froides.

C’est une espèce essentiellement pélagique : elle fréquente les eaux profondes du large, au-delà du plateau continental, ainsi que le talus et les zones océaniques hauturières. Elle se rapproche parfois des côtes là où des canyons sous-marins ramènent des eaux froides et profondes près du rivage, comme au large de la Californie centrale. Aucune sous-espèce n’est reconnue. Des déplacements saisonniers, vers le nord et le large en été, vers le sud et la côte en hiver, sont documentés dans certaines parties de l’aire, en lien avec la température de l’eau et la disponibilité des proies.

Milieu de vie typique de l'espèce Lissodelphis borealis
Eaux froides du large du Pacifique Nord, au-delà du plateau continental, milieu pélagique typique de l'espèce loin de toute côte.

Comportement et régime alimentaire

Le dauphin aptère boréal est un animal grégaire qui forme des groupes de plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’individus, parfois plus d’un millier. Il s’associe volontiers à d’autres cétacés, notamment le dauphin à flancs blancs du Pacifique (Lagenorhynchus obliquidens) et certaines espèces de globicéphales. En nage rapide, les individus effectuent de longs bonds rasants au-dessus de la surface, comportement qui augmente leur vitesse de déplacement ; en nage lente, ils progressent en produisant peu d’éclaboussures et restent discrets.

Le régime est carnivore, dominé par les poissons mésopélagiques et les céphalopodes. Les calmars et les poissons-lanternes (myctophidés) figurent parmi les proies les plus fréquemment citées, avec d’autres petits poissons de pleine eau. Les proportions exactes varient selon les régions et les études et ne sont pas consolidées. La chasse a lieu en plongée, souvent de nuit lorsque les proies migrent vers la surface, l’espèce exploitant la migration verticale nycthémérale du plancton et des organismes qui s’en nourrissent.

Reproduction

Les données reproductives sont fragmentaires. La mise bas semble se concentrer entre l’hiver et le début de l’été selon les régions. La gestation est estimée à environ douze mois, valeur déduite d’espèces proches et non solidement établie chez L. borealis. La femelle donne naissance à un seul petit, allaité pendant plusieurs mois.

La maturité sexuelle serait atteinte vers dix ans, sans que ce chiffre soit bien documenté. La longévité maximale connue avoisine quarante ans, estimation reposant sur un nombre limité de spécimens. L’intervalle entre deux naissances n’est pas précisément connu mais paraît pluriannuel, comme chez la plupart des delphinidés.

Statut de conservation

L’espèce est classée en préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge de l’UICN. Cette catégorie signifie qu’aucun déclin global suffisant pour justifier un statut de menace n’a été démontré, la population totale étant considérée comme importante, bien que non chiffrée avec précision. Ce statut global masque toutefois des pressions locales notables.

  • Captures accidentelles dans les filets maillants dérivants, en particulier dans les pêcheries hauturières au calmar et au germon du Pacifique Nord, qui ont provoqué une mortalité élevée dans les années 1980 et 1990 avant leur encadrement international.
  • Prises accessoires résiduelles dans diverses pêcheries.
  • Sensibilité potentielle aux variations océanographiques et climatiques affectant la distribution de ses proies, dans une aire dépendante d’eaux froides.
  • Pollution sonore et contaminants, dont les effets restent mal évalués pour une espèce vivant loin des côtes.

Ne pas confondre

Dauphin aptère austral (Lissodelphis peronii) : seule autre espèce du genre, également dépourvue de nageoire dorsale, mais présentant un ventre et des flancs largement blancs remontant haut sur le corps et sur la face ; il vit exclusivement dans l’hémisphère sud, sans chevauchement géographique.

Dauphin à flancs blancs du Pacifique (Lagenorhynchus obliquidens) : partage souvent les mêmes eaux et les mêmes groupes, mais possède une grande nageoire dorsale falciforme bicolore et des marques claires sur les flancs, ce qui le distingue immédiatement.

Phoques et otaries de loin : la confusion vient de l’absence d’aileron et des bonds à la surface, mais les dauphins se déplacent en bancs coordonnés et à grande vitesse, avec une silhouette effilée sans nageoires arrière visibles.

Une silhouette sans équivalent dans son aire

Dans tout le Pacifique Nord, aucun autre cétacé ne combine un corps aussi élancé, une coloration noir et blanc tranchée et l’absence totale de nageoire dorsale. Cette singularité fait du dauphin aptère boréal l’un des delphinidés les plus faciles à identifier en mer dès lors qu’on parvient à l’observer, malgré son mode de vie hauturier qui le rend peu accessible aux observateurs. Le genre Lissodelphis, réduit à deux espèces jumelles réparties de part et d’autre de l’équateur, illustre un cas de distribution antitropicale, où deux formes proches occupent des eaux froides séparées par des mers chaudes qu’elles ne franchissent pas.

Questions fréquentes

Pourquoi ce dauphin n'a-t-il pas de nageoire dorsale ?
Le dauphin aptère boréal est l'un des rares delphinidés totalement dépourvus de nageoire dorsale, comme son cousin austral. Cette absence, d'origine évolutive, donne au dos une ligne parfaitement lisse. Elle rend la silhouette de l'animal très reconnaissable et facilite son identification en mer.
Est-il dangereux pour l'homme ?
Non. C'est un dauphin océanique de taille modérée qui se nourrit de petits poissons et de calmars. Il n'attaque pas l'humain et vit généralement loin des côtes, en haute mer, ce qui rend les rencontres rares.
Où peut-on l'observer ?
Il vit uniquement dans les eaux tempérées froides du Pacifique Nord, depuis le Japon et la Russie jusqu'aux côtes de Californie et de Colombie-Britannique. On l'observe au large, rarement près du littoral, souvent en grands groupes pouvant compter plusieurs centaines d'individus.
Comment le distinguer d'un autre dauphin noir et blanc ?
Sa combinaison de traits est unique dans le Pacifique Nord : absence totale de nageoire dorsale, corps très élancé, dos noir et ventre blanc bien délimités. Aucun autre dauphin de la région ne présente cette silhouette dépourvue d'aileron dorsal.
Est-il menacé ?
L'espèce est classée en préoccupation mineure par l'UICN, sans déclin global connu. Localement, elle a subi des captures accidentelles importantes dans les filets dérivants du Pacifique, notamment dans les années 1980-1990, avant l'encadrement de ces pêcheries.

Sources

  1. Lissodelphis borealis (Northern Right Whale Dolphin)IUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
  2. Northern Right Whale DolphinNOAA Fisheriesconsulté le 22 juillet 2026
  3. Handbook of the Mammals of the World, Vol. 4: Sea MammalsLynx Edicionsconsulté le 22 juillet 2026
  4. Marine Mammals of the World: A Comprehensive Guide to Their IdentificationJefferson, Webber & Pitmanconsulté le 22 juillet 2026