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Mammifères · Mammifères marins

Lagénorhynque à bec blanc

Lagenorhynchus albirostris

Dauphin trapu à dos noir et flancs gris clair, haute nageoire dorsale falciforme et bec court, nageant en surface.

Le lagénorhynque à bec blanc (Lagenorhynchus albirostris) est un dauphin de la famille des Delphinidae, endémique de l’Atlantique Nord. Robuste et trapu, il compte parmi les delphinidés les mieux adaptés aux eaux froides tempérées et subarctiques, où il occupe surtout le plateau continental. Son trait le plus distinctif est la combinaison d’un corps massif, d’une haute nageoire dorsale falciforme et d’une tache dorsale claire en arrière de celle-ci, associée à un bec court fréquemment blanchâtre.

Le nom « dauphin à nez blanc », calque de l’anglais white-beaked dolphin, circule parfois mais reste peu employé dans la littérature francophone, qui privilégie « lagénorhynque à bec blanc ». Par ailleurs, le nom de l’espèce induit en erreur : le bec n’est pas systématiquement blanc. Dans certaines populations, notamment au nord-est de l’Atlantique, de nombreux individus ont un bec sombre. La coloration claire du bec est donc un indice, non un critère de détermination fiable.

Morphologie

C’est un dauphin de grande taille pour un delphinidé côtier, mesurant en moyenne entre 2,4 et 3,1 mètres à l’âge adulte. Le poids se situe généralement entre 180 et 355 kilogrammes, les valeurs hautes provenant de spécimens de grande taille. Le corps est nettement fusiforme et épais, avec un pédoncule caudal robuste. La nageoire dorsale, haute, large à la base et fortement falciforme, est un caractère marquant de l’espèce.

La coloration est contrastée : dos et flancs supérieurs sombres, gris foncé à noir, ventre pâle. Un motif de flancs plus clairs, gris à blanchâtre, remonte en arrière de la nageoire dorsale, formant une « selle » claire caractéristique sur le dos, en avant de la queue. Le bec est court et épais, blanchâtre à gris pâle chez de nombreux individus, sombre chez d’autres.

Le dimorphisme sexuel est peu marqué. Les mâles atteignent en moyenne des tailles légèrement supérieures à celles des femelles, mais le recouvrement des gammes rend le sexe difficile à déterminer à distance. Les dents, coniques, sont au nombre d’environ 22 à 28 paires par mâchoire.

Répartition et habitat

L’espèce est confinée à l’Atlantique Nord, dans les eaux tempérées froides à subarctiques. Son aire couvre la mer du Nord, la Manche occidentale, les eaux autour de l’Islande, de la Norvège, des îles Britanniques, ainsi que les côtes du sud du Groenland, du Canada atlantique et du nord-est des États-Unis. Les densités les plus fortes sont observées en mer du Nord, autour de l’Islande et le long des côtes britanniques.

Il s’agit d’une espèce essentiellement néritique, associée au plateau continental et à ses abords, dans des profondeurs modérées. Elle fréquente aussi les zones du talus, les bancs et les hauts-fonds. Sa présence est fortement liée à la température des eaux : elle évite les masses d’eau chaudes, ce qui structure les limites méridionales de son aire. Aucune sous-espèce n’est reconnue de façon consensuelle, mais des différences régionales de coloration et de morphologie sont décrites entre l’est et l’ouest de l’Atlantique Nord.

Milieu de vie typique de l'espèce Lagenorhynchus albirostris
Eaux froides du plateau continental de l'Atlantique Nord, milieu néritique typique du lagénorhynque à bec blanc.

Comportement et régime alimentaire

Le lagénorhynque à bec blanc est actif de jour comme de nuit. Il est réputé pour sa nage rapide et énergique, ses sauts hors de l’eau et son attrait pour les vagues d’étrave des navires. Il vit en groupes dont la taille varie de quelques individus à plusieurs dizaines, parfois plusieurs centaines lors de rassemblements sur des zones d’alimentation riches.

Le régime est piscivore avec une part de céphalopodes. Il exploite notamment des poissons de fond et pélagiques : gadidés comme la morue, le merlan et l’églefin, hareng, maquereau, ainsi que des poissons plats et des invertébrés benthiques. La composition varie selon les régions et les saisons, en fonction de la disponibilité des proies. L’espèce est fréquemment observée en association avec d’autres cétacés, notamment le petit rorqual et parfois d’autres delphinidés, sur les mêmes zones de nourrissage.

Reproduction

Les données de reproduction sont fragmentaires. Les naissances semblent concentrées en été, entre le milieu du printemps et la fin de l’été selon les régions. La gestation est estimée à environ onze mois, valeur peu documentée pour cette espèce précise. La femelle met bas un unique petit, qui mesure de l’ordre de 1,1 à 1,2 mètre à la naissance.

L’allaitement dure vraisemblablement plusieurs mois. La maturité sexuelle est atteinte vers plusieurs années d’âge, sans consensus chiffré fiable. La longévité maximale est mal connue : les estimations, autour de 25 à 40 ans, reposent sur le comptage des couches de croissance dentaire d’un petit nombre d’individus âgés.

Statut de conservation

L’espèce est classée en préoccupation mineure (LC) par l’UICN. Cette catégorie signifie que la population mondiale est jugée suffisamment abondante et largement répartie pour ne pas être considérée comme menacée à court terme. Les effectifs sur le plateau nord-européen sont estimés à plusieurs dizaines de milliers d’individus.

Ce statut global ne doit pas masquer des pressions locales :

  • Captures accidentelles dans les engins de pêche, notamment les filets maillants et les chaluts.
  • Contamination par les polluants organiques persistants et les métaux lourds, qui s’accumulent chez les prédateurs supérieurs.
  • Pollution sonore sous-marine liée au trafic maritime, aux prospections et aux travaux offshore.
  • Réchauffement des eaux, susceptible de déplacer l’aire vers le nord et de réduire l’habitat disponible en limite sud.
  • Réduction ou déplacement des stocks de poissons dont dépend l’espèce.

Le suivi reste inégal selon les zones, et les tendances locales sont plus incertaines que l’évaluation globale.

Ne pas confondre

Dauphin à flancs blancs de l’Atlantique (Lagenorhynchus acutus) : il partage la même aire et une silhouette proche, mais porte une bande latérale jaune à ocre bien nette sur l’arrière du corps, absente chez le lagénorhynque à bec blanc, dont la marque claire est grise à blanchâtre.

Grand dauphin (Tursiops truncatus) : plus uniformément gris, il a un bec proportionnellement plus long et fin et ne présente pas la selle dorsale claire caractéristique du lagénorhynque à bec blanc.

Dauphin commun à bec court (Delphinus delphis) : plus fin et plus petit, il arbore un motif latéral en sablier jaune et gris très contrasté, sans commune mesure avec le patron plus sobre du lagénorhynque à bec blanc.

Un dauphin des mers froides

Le lagénorhynque à bec blanc est l’un des rares delphinidés à s’aventurer régulièrement jusque dans les eaux subarctiques, y compris à proximité de la banquise saisonnière. Cette tolérance au froid en fait un indicateur potentiel des changements de température de l’Atlantique Nord : un déplacement de son aire vers le nord serait un signal des modifications thermiques des masses d’eau du plateau continental.

Questions fréquentes

Le lagénorhynque à bec blanc est-il dangereux pour l'homme ?
Non. C'est un dauphin sauvage qui ne présente pas de comportement agressif documenté envers les humains. Il s'approche parfois des bateaux pour surfer sur les vagues d'étrave, mais reste un animal marin qu'il convient de ne pas déranger ni nourrir.
Où peut-on l'observer ?
Il fréquente les eaux froides et tempérées de l'Atlantique Nord : mer du Nord, Manche occidentale, eaux d'Islande, de Norvège, des îles Britanniques, et au large du Canada et du nord-est des États-Unis. Il se tient surtout sur le plateau continental, à des profondeurs modérées.
Comment le distinguer du dauphin à flancs blancs de l'Atlantique ?
Le lagénorhynque à bec blanc a un bec court souvent pâle et une tache dorsale claire en arrière de la nageoire dorsale, sans bande jaune. Le dauphin à flancs blancs de l'Atlantique porte une bande latérale jaune ou ocre bien nette sur l'arrière du corps, absente chez le bec blanc.
Son bec est-il toujours blanc ?
Non. Le bec est fréquemment blanchâtre ou gris pâle, ce qui a donné son nom à l'espèce, mais il peut aussi être sombre chez certains individus, notamment dans les populations du nord-est de l'Atlantique. La couleur du bec n'est donc pas un critère absolu.
L'espèce est-elle menacée ?
Au niveau mondial, elle est classée en préoccupation mineure par l'UICN, avec une population jugée relativement abondante. Localement, elle reste exposée aux captures accidentelles dans les engins de pêche, à la pollution et au réchauffement des eaux qui pourrait déplacer son aire de répartition.

Sources

  1. Lagenorhynchus albirostris, White-beaked DolphinUICN Liste rougeconsulté le 22 juillet 2026
  2. White-beaked dolphin (Lagenorhynchus albirostris)NOAA Fisheriesconsulté le 22 juillet 2026
  3. Handbook of the Mammals of the World, Vol. 4: Sea MammalsLynx Edicionsconsulté le 22 juillet 2026
  4. Marine Mammals of the World: A Comprehensive Guide to Their IdentificationJefferson, Webber & Pitmanconsulté le 22 juillet 2026