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Mammifères · Mammifères marins

Dauphin de l'Amazone

Inia geoffrensis

Dauphin d'eau douce à la peau rose pâle, au long rostre étroit et au front bombé, nageant dans une eau fluviale sombre.

Le dauphin de l’Amazone (Inia geoffrensis) est un cétacé strictement dulçaquicole d’Amérique du Sud, appartenant à la famille des Iniidae. C’est le plus grand des dauphins de rivière : il occupe les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, où il fréquente aussi bien les chenaux principaux que les forêts inondées lors des crues. Son trait le plus distinctif est la coloration rose que prennent de nombreux adultes, particulièrement les vieux mâles, à l’origine de son surnom de « dauphin rose ».

Le nom vernaculaire « Inie de Geoffroy » se rencontre dans certaines listes systématiques, mais l’usage courant en français désigne cet animal comme « dauphin de l’Amazone » ou par son nom local d’origine tupi, « boto ». L’épithète geoffrensis rend hommage au naturaliste Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Contrairement à ce que suggère l’image populaire d’un dauphin marin, l’espèce ne vit jamais en mer : elle est confinée aux eaux douces et présente des adaptations morphologiques nettement différentes de celles des delphinidés océaniques.

Morphologie

Le dauphin de l’Amazone mesure généralement de 2 à 2,55 m et pèse entre 85 et 185 kg, les mâles étant sensiblement plus grands et plus lourds que les femelles — un dimorphisme sexuel marqué, rare chez les cétacés où c’est souvent l’inverse. Le corps est robuste mais souple. Les jeunes sont gris ; la peau s’éclaircit et rosit avec l’âge, la teinte allant du gris rosâtre au rose vif selon les individus, la température de l’eau et le niveau d’activité.

Plusieurs caractères le distinguent des dauphins marins. Le rostre est long, étroit et garni de dents hétérodontes : coniques à l’avant, plus aplaties et molariformes à l’arrière, ce qui permet de broyer les proies à carapace. Le front est bombé (melon proéminent) et peut être déformé volontairement. Les vertèbres cervicales ne sont pas soudées, si bien que l’animal peut tourner la tête latéralement, adaptation utile pour manœuvrer entre les troncs des forêts inondées. La nageoire dorsale se réduit à une crête basse et allongée plutôt qu’à un aileron triangulaire. Les nageoires pectorales sont larges et mobiles. Les yeux sont petits mais fonctionnels, l’espèce n’étant pas aveugle malgré la turbidité de son milieu.

Répartition et habitat

L’aire de répartition couvre les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, à travers le Brésil, le Pérou, la Colombie, l’Équateur, la Bolivie et le Venezuela. L’espèce occupe une grande diversité de milieux d’eau douce : grands fleuves de plaine, confluents et rapides, lacs de plaine alluviale, chenaux secondaires et, pendant la saison des hautes eaux, les forêts inondées de type várzea et igapó, où les dauphins pénètrent pour chasser entre les arbres.

La systématique du genre Inia est débattue. Plusieurs sous-espèces ont été décrites, notamment I. g. geoffrensis du bassin amazonien et I. g. humboldtiana de l’Orénoque. La population du Rio Madeira, en amont de rapides infranchissables, est parfois élevée au rang d’espèce distincte sous le nom d’Inia boliviensis. En 2014, une population du bassin Araguaia-Tocantins a été proposée comme espèce nouvelle sous le nom d’Inia araguaiaensis, proposition qui ne fait pas consensus. L’espèce vit à basse altitude, dans les plaines des grands bassins.

Milieu de vie typique de l'espèce Inia geoffrensis
Forêt inondée (várzea) du bassin amazonien en saison des crues, milieu où le dauphin de l'Amazone chasse entre les troncs submergés.

Comportement et régime alimentaire

Le dauphin de l’Amazone est actif de jour comme de nuit et se rencontre le plus souvent seul ou en petites unités lâches, plus rarement en groupes plus nombreux autour de ressources concentrées. Il est généralement moins grégaire que les dauphins marins. Il localise ses proies par écholocation, indispensable dans les eaux troubles et chargées de sédiments qu’il fréquente.

Le régime est piscivore et parmi les plus diversifiés connus chez les cétacés : plus d’une cinquantaine d’espèces de poissons ont été recensées dans son alimentation, auxquelles s’ajoutent des crustacés et parfois de petites tortues d’eau douce. La dentition hétérodonte lui permet de saisir puis de broyer des proies à carapace ou à écailles dures. Lors des crues, la dispersion des poissons dans la forêt inondée modifie les zones de chasse. Les mâles portent fréquemment des cicatrices, indices d’interactions agonistiques ; certains transportent dans la gueule des objets (branches, touffes de végétaux) lors de comportements sociaux dont la fonction pourrait être liée à la reproduction.

Reproduction

La reproduction est saisonnière et calée sur le cycle des crues : les naissances se concentrent souvent lors de la décrue, période où les proies se regroupent dans les milieux qui se referment, offrant de bonnes conditions d’alimentation à la femelle allaitante. La gestation dure environ onze mois (de l’ordre de 330 jours selon les sources). La femelle met bas un seul petit, mesurant environ 80 cm à la naissance. L’allaitement est prolongé et l’intervalle entre deux naissances est long, souvent supérieur à deux ans, ce qui donne à l’espèce un faible taux de renouvellement. La maturité sexuelle est atteinte au bout de plusieurs années. La longévité est estimée entre quinze et trente ans, mais ces valeurs reposent en grande partie sur des observations en captivité et restent incertaines dans la nature.

Statut de conservation

L’UICN classe Inia geoffrensis dans la catégorie « En danger » (EN), ce qui signale un risque élevé d’extinction à l’état sauvage à moyen terme. Cette évaluation repose notamment sur des tendances de déclin des populations dans plusieurs secteurs suivis.

Les principales pressions identifiées sont :

  • les prises accessoires dans les engins de pêche, en particulier les filets maillants ;
  • la capture délibérée pour utiliser la chair comme appât dans la pêche au poisson-chat (piracatinga), pratique qui a fortement pesé sur certaines populations ;
  • la construction de barrages hydroélectriques, qui fragmente les rivières et isole les populations ;
  • la contamination au mercure liée à l’orpaillage, qui s’accumule dans la chaîne alimentaire ;
  • la dégradation et la déforestation des plaines inondables.

Le statut global masque des situations locales contrastées : certaines populations bénéficient d’aires protégées et d’un tabou culturel qui limite la chasse, tandis que d’autres subissent une mortalité soutenue liée à la pêche à l’appât ou aux aménagements fluviaux.

Ne pas confondre

Tucuxi (Sotalia fluviatilis) : ce petit cétacé partage une partie de l’aire amazonienne mais reste gris, ne dépasse guère 1,5 m et possède une véritable nageoire dorsale triangulaire, alors que le dauphin de l’Amazone présente une simple crête dorsale basse et un long rostre.

Dauphin de La Plata (Pontoporia blainvillei) : autre dauphin de rivière sud-américain à long rostre, mais il vit en milieu côtier et estuarien dans l’Atlantique, hors des bassins amazonien et orénoquéen, et n’atteint pas la même taille.

Dauphin du Gange (Platanista gangetica) : dauphin de rivière d’Asie du Sud parfois évoqué par analogie ; il occupe un tout autre continent et se distingue par des yeux vestigiaux quasi aveugles, contrairement à Inia geoffrensis dont les yeux sont fonctionnels.

Une place dans les cultures amazoniennes

Le boto occupe une place notable dans les traditions orales d’Amazonie. Dans plusieurs cultures riveraines, une légende décrit un dauphin capable de se métamorphoser en homme séduisant pour rejoindre les fêtes nocturnes. Ce statut mythologique s’est traduit par un tabou protégeant localement l’animal de la chasse, facteur de conservation dont l’affaiblissement, avec l’essor de la pêche à l’appât, a coïncidé avec la hausse des captures documentées dans certaines régions.

Questions fréquentes

Pourquoi ce dauphin est-il rose ?
La couleur rose des adultes, surtout des mâles, provient en partie de l'irrigation sanguine sous une peau peu pigmentée et s'accentue avec l'âge et l'activité. Les jeunes sont gris et rosissent progressivement. La teinte varie aussi selon la température de l'eau et l'excitation de l'animal.
Où peut-on voir le dauphin de l'Amazone ?
Il vit uniquement dans les eaux douces des bassins de l'Amazone et de l'Orénoque, en Amérique du Sud, notamment au Brésil, au Pérou, en Colombie, en Équateur, en Bolivie et au Venezuela. On l'observe dans les grands fleuves, leurs affluents et les forêts inondées lors de la saison des crues.
Le dauphin de l'Amazone est-il dangereux pour l'homme ?
Non, il n'existe pas de cas documenté d'attaque dangereuse envers l'homme. C'est un animal curieux qui s'approche parfois des embarcations. Le nourrissage et le contact rapproché encouragés par certaines activités touristiques sont cependant déconseillés car ils perturbent son comportement.
Comment le distinguer du dauphin gris du Tucuxi ?
Le tucuxi (Sotalia fluviatilis) partage une partie de son aire mais reste gris, plus petit, avec une nageoire dorsale nette et triangulaire. Le dauphin de l'Amazone possède au contraire une crête dorsale basse et allongée, un long rostre et un cou flexible, et prend souvent une teinte rosée.
Cette espèce est-elle menacée ?
Oui. L'UICN la classe « En danger » (EN). Les principales pressions sont les prises accessoires dans les filets, la capture pour servir d'appât à la pêche au poisson-chat, les barrages qui fragmentent les populations et la contamination au mercure liée à l'orpaillage.

Sources

  1. Inia geoffrensis, The IUCN Red List of Threatened SpeciesUICNconsulté le 22 juillet 2026
  2. Inia geoffrensis (Amazon river dolphin)Animal Diversity Web, University of Michiganconsulté le 22 juillet 2026
  3. Convention sur les espèces migratrices (CMS) – fiche Inia geoffrensisCMS/PNUEconsulté le 22 juillet 2026
  4. Reproduction and mortality of the boto (Inia geoffrensis) in captivity and the wildlittérature scientifique cétologiqueconsulté le 22 juillet 2026