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Mammifères · Mammifères marins

Phoque gris

Halichoerus grypus

Phoque gris adulte sur une côte rocheuse, museau allongé au profil busqué, pelage gris tacheté de sombre

Le phoque gris (Halichoerus grypus) est un pinnipède de la famille des Phocidae, l’un des deux phoques qui fréquentent régulièrement les côtes de l’Atlantique Nord aux côtés du phoque veau-marin. Son nom scientifique, qui signifie littéralement « cochon de mer au nez busqué », résume son caractère le plus reconnaissable : un museau long et massif, au profil rectiligne évoquant celui d’un cheval, très différent de la tête ronde et courte des autres phoques de ses eaux.

Le nom vernaculaire « phoque gris » induit parfois en erreur, car la robe n’est ni uniformément grise ni un critère fiable de reconnaissance : la teinte va du gris clair au brun sombre selon les individus, le sexe et l’état du pelage. C’est la forme de la tête, et non la couleur, qui distingue l’espèce. Le terme « gris » traduit surtout l’impression générale de certains animaux et le contraste avec le pelage tacheté du phoque veau-marin.

Morphologie

Le phoque gris présente un dimorphisme sexuel marqué. Les mâles adultes mesurent environ 200 à 330 cm et pèsent couramment 170 à 310 kg, avec un cou épais, un poitrail large et une peau souvent plissée et cicatricielle au niveau des épaules. Les femelles sont plus petites, de l’ordre de 165 à 200 cm pour 100 à 190 kg, avec un profil plus fin.

Le museau est le caractère diagnostique majeur : long, haut et régulier, sans le renfoncement net au niveau du front que présente le phoque veau-marin. Les narines sont largement écartées et forment un W lorsqu’on les observe de face, alors qu’elles dessinent un V presque fermé chez le veau-marin. La robe est plus foncée sur le dos et plus claire sur le ventre, marquée de taches irrégulières ; chez les mâles, le fond est généralement sombre avec des taches claires, tandis que les femelles montrent souvent un fond clair moucheté de sombre. Les nouveau-nés naissent avec un pelage blanc et laineux, le lanugo, qu’ils muent au bout de deux à trois semaines.

Répartition et habitat

L’espèce est endémique de l’Atlantique Nord et se répartit en trois grands ensembles : une population de l’ouest de l’Atlantique (Canada atlantique et nord-est des États-Unis), une population de l’est de l’Atlantique (Îles Britanniques, Irlande, mer du Nord, côtes de la France, de la Scandinavie et jusqu’à l’Islande et la péninsule de Kola) et une population de la mer Baltique. Le Royaume-Uni abrite à lui seul une part importante de l’effectif mondial.

Le statut taxonomique de ces populations est débattu : certaines études séparent la population baltique des populations atlantiques, sans qu’une distinction sous-spécifique fasse consensus. Le phoque gris fréquente les côtes rocheuses, les îlots, les récifs et les bancs de sable découverts à marée basse, où il se repose et se reproduit. En mer, il exploite le plateau continental et peut plonger à plusieurs dizaines, voire plus d’une centaine de mètres, à la recherche de proies benthiques.

Milieu de vie typique de l'espèce Halichoerus grypus
Îlot rocheux et banc de sable de l'Atlantique Nord, milieu de repos et de mise bas typique du phoque gris.

Comportement et régime alimentaire

Le phoque gris alterne des phases en mer, consacrées à l’alimentation, et des phases à terre, pour le repos, la mue et la reproduction. C’est un prédateur essentiellement piscivore. Son régime est dominé par les poissons de fond et de banc : lançons, gadidés comme la morue et le merlan, poissons plats, harengs, selon la disponibilité locale et la saison. Il consomme aussi des céphalopodes et des crustacés en proportion moindre. Les besoins alimentaires quotidiens d’un adulte sont estimés à plusieurs kilogrammes de poisson.

C’est un plongeur endurant : les plongées d’alimentation durent couramment quelques minutes, entrecoupées de brèves remontées. En dehors de la période de reproduction, les regroupements à terre relèvent surtout de la tolérance mutuelle plutôt que d’une structure sociale organisée. Pendant la saison de mise bas, en revanche, les mâles établissent une dominance sur des secteurs de colonie et se disputent l’accès aux femelles.

Reproduction

La saison de reproduction varie selon les populations : automne et début d’hiver dans l’est de l’Atlantique, hiver dans l’ouest, et fin d’hiver au printemps en Baltique. Les femelles mettent bas un unique petit sur les sites terrestres. La durée de gestation apparente est d’environ onze mois, mais elle inclut une diapause embryonnaire de plusieurs mois pendant laquelle l’implantation de l’embryon est suspendue, ce qui synchronise les naissances d’une année sur l’autre.

Le petit est allaité pendant environ trois semaines avec un lait très riche en graisses, ce qui lui permet de tripler à peu près sa masse avant le sevrage. Le sevrage est brutal : la mère quitte la colonie et le jeune, désormais indépendant, jeûne quelques jours avant de gagner la mer. La maturité sexuelle est atteinte vers trois à cinq ans chez les femelles, plus tard chez les mâles, qui n’accèdent réellement à la reproduction qu’une fois assez grands pour rivaliser. La longévité peut dépasser 40 ans chez les femelles, mais reste généralement plus courte chez les mâles.

Statut de conservation

Le phoque gris est classé en préoccupation mineure (LC) par l’UICN, catégorie qui indique une espèce non menacée à l’échelle globale. Après une histoire de chasse intensive, de nombreuses populations ont fortement augmenté, notamment autour des Îles Britanniques. Ce rétablissement contraste avec des situations locales plus fragiles.

  • Captures accidentelles dans les filets et engins de pêche (prises accessoires).
  • Conflits avec la pêche, l’espèce étant parfois accusée de dommages sur les captures et les élevages, ce qui alimente des demandes de régulation.
  • Pollution chimique et contaminants persistants, particulièrement documentés en mer Baltique où ils ont affecté la fécondité par le passé.
  • Dérangement sur les sites de repos et de mise bas.
  • Sensibilité aux épizooties virales touchant les phoques.

Les situations locales restent donc contrastées : croissance nette dans l’Atlantique nord-est, effectifs baltiques encore inférieurs à leurs niveaux historiques.

Ne pas confondre

Phoque veau-marin (Phoca vitulina) : plus petit, tête ronde à museau court, narines en V presque jointes à la base. C’est la confusion la plus fréquente là où les deux espèces cohabitent ; le profil de la tête est le critère décisif.

Phoque annelé (Pusa hispida) : nettement plus petit, robe sombre marquée d’anneaux clairs, associé aux glaces de l’Arctique. Sa taille et son motif annelé le séparent immédiatement.

Phoque du Groenland (Pagophilus groenlandicus) : adulte reconnaissable à sa face sombre et à la marque en forme de harpe sur le dos, absente chez le phoque gris.

Un rebond après la chasse

L’histoire du phoque gris illustre l’effet des mesures de protection. Longtemps chassé pour sa graisse et sa peau, et parfois abattu au titre de la lutte contre les dégâts à la pêche, il a vu ses effectifs réduits dans plusieurs régions au début du XXe siècle. La législation de protection adoptée au Royaume-Uni dès les années 1910, puis renforcée par la suite, a accompagné une remontée démographique qui en fait aujourd’hui l’un des exemples cités de rétablissement d’un grand prédateur marin côtier en Europe.

Questions fréquentes

Le phoque gris est-il dangereux pour l'homme ?
C'est un grand carnivore sauvage qui peut mordre s'il se sent acculé, et les mâles reproducteurs comme les femelles avec petit sont particulièrement défensifs. Les attaques sur les humains sont rares et généralement liées à une approche trop proche. Il convient de garder ses distances, notamment sur les sites de mise bas.
Comment distinguer un phoque gris d'un phoque veau-marin ?
Le phoque gris a un museau long et droit, au profil busqué évoquant une tête de cheval, et des narines nettement séparées formant un W. Le phoque veau-marin est plus petit, avec une tête ronde, un museau court et des narines en V presque jointes à la base. La taille et le profil de la tête sont les critères les plus fiables.
Où peut-on observer des phoques gris ?
L'espèce vit sur les côtes de l'Atlantique Nord, des deux côtés de l'océan. En Europe, les principales colonies se trouvent au Royaume-Uni, en Irlande, en mer Baltique et sur les côtes de la mer du Nord ; en France, on l'observe surtout en Bretagne, en Normandie et dans les Hauts-de-France. En Amérique du Nord, elle est présente du Canada atlantique au nord-est des États-Unis.
Le phoque gris est-il une espèce menacée ?
Non, il est classé en préoccupation mineure par l'UICN et plusieurs populations sont en augmentation après des décennies de chasse. Certaines situations locales restent toutefois fragiles, notamment en Baltique, et l'espèce reste exposée aux captures accidentelles dans les engins de pêche et aux pollutions.

Sources

  1. Halichoerus grypus, The IUCN Red List of Threatened SpeciesUICNconsulté le 22 juillet 2026
  2. Grey seal (Halichoerus grypus) species profileNOAA Fisheriesconsulté le 22 juillet 2026
  3. Special Committee on Seals (SCOS) Scientific AdviceSea Mammal Research Unit, University of St Andrewsconsulté le 22 juillet 2026
  4. Grey SealThe Wildlife Trustsconsulté le 22 juillet 2026