Girafe Masaï
Giraffa tippelskirchi

La girafe Masaï (Giraffa tippelskirchi) est le plus grand ruminant d’Afrique de l’Est. Elle se reconnaît à sa robe : des taches brun foncé profondément découpées, aux contours irréguliers en dents de scie, souvent comparées à des feuilles de vigne. Ce motif descend le long des membres jusqu’aux sabots, contrairement à d’autres girafes dont les pattes basses restent claires.
Son nom scientifique honore l’explorateur allemand Herbert von Tippelskirch. Le statut de l’animal a changé récemment : longtemps traitée comme une sous-espèce de la girafe (Giraffa camelopardalis), elle est proposée depuis 2016 comme espèce à part entière sur la base d’analyses génétiques. Cette révision n’est pas acceptée par toutes les autorités taxonomiques, et l’appellation reste sujette à discussion.
Morphologie
La girafe Masaï est le plus haut mammifère terrestre. Les mâles atteignent couramment 5,5 mètres au sommet des ossicônes, parfois davantage ; les femelles restent plus petites, autour de 4 à 4,5 mètres. Le poids varie fortement selon le sexe : les mâles adultes dépassent souvent la tonne, tandis que les femelles pèsent généralement entre 600 et 900 kilogrammes.
La robe est le principal caractère diagnostique. Les taches sont grandes, brunes à brun-rouge, et présentent des bords irréguliers, déchiquetés, découpés en étoile ou en feuille. Elles s’étendent bas sur les membres. Le fond est crème à fauve pâle. Ce dessin est propre à chaque individu et permet une identification photographique.
Le cou allongé compte, comme chez tous les mammifères, sept vertèbres cervicales, mais chacune est très étirée. La tête porte des ossicônes recouverts de peau et de poils : chez les mâles, leur sommet s’use et se dénude avec l’âge, et un renflement osseux médian peut apparaître sur le front. Les mâles âgés développent une ossification crânienne qui alourdit la tête, utile lors des combats de cou (« necking »). Le dimorphisme sexuel est donc marqué, tant par la taille que par la morphologie crânienne.
Répartition et habitat
La girafe Masaï occupe le sud du Kenya et la Tanzanie, dans les écosystèmes de savane d’Afrique de l’Est. Elle est présente dans des aires protégées connues comme le Serengeti, le cratère du Ngorongoro, le parc de Tarangire et le Masaï Mara. Une population géographiquement isolée subsiste dans la vallée de la Luangwa, en Zambie ; les girafes de ce secteur sont parfois désignées comme girafe de Thornicroft (G. t. thornicrofti), mais leur statut sous-spécifique reste débattu.
Elle fréquente les savanes arborées, les forêts claires à acacias et Commiphora, les bois de miombo en périphérie de son aire, et les prairies semi-arides parsemées d’arbres. Elle évite les milieux forestiers denses et fermés, qui limitent la visibilité et l’accès à la strate arbustive dont elle se nourrit. Elle peut vivre jusqu’à des altitudes assez élevées sur les hauts plateaux d’Afrique de l’Est, tant que les arbres appropriés sont disponibles.
Comportement et régime alimentaire
La girafe est active surtout le jour, avec des pics d’alimentation le matin et en fin d’après-midi ; elle rumine et se repose aux heures chaudes. Le sommeil est bref et fractionné.
Le régime est exclusivement herbivore, dominé par le broutage des feuilles d’arbres et d’arbustes (browsing). Les acacias occupent une place centrale, mais la liste des plantes consommées est large et varie selon les saisons. La langue préhensile, longue et sombre, et les lèvres mobiles permettent de prélever les feuilles entre les épines. Sa hauteur lui donne accès à une strate de végétation inaccessible aux autres herbivores. Elle peut se passer de boire longtemps, tirant l’essentiel de son eau des végétaux, mais s’abreuve quand un point d’eau est disponible, dans une posture d’écartement des membres qui l’expose aux prédateurs.
L’organisation sociale est fluide : les girafes forment des groupes ouverts, aux effectifs et à la composition changeants (« fission-fusion »). Des associations plus stables existent entre femelles apparentées et leurs jeunes. Les mâles adultes établissent des hiérarchies par des affrontements où ils balancent le cou pour asséner des coups de tête. Le principal prédateur naturel est le lion, surtout sur les jeunes et les individus affaiblis.
Reproduction
La reproduction n’est pas strictement saisonnière. La gestation dure environ quinze mois (de l’ordre de 450 à 465 jours). La femelle met bas debout un unique petit ; les jumeaux sont exceptionnels. Le nouveau-né mesure déjà environ 1,7 à 2 mètres et tombe au sol lors de la naissance, puis se tient sur ses pattes en moins d’une heure.
Les jeunes sont regroupés dans des « crèches » où quelques adultes assurent une surveillance pendant que les mères s’alimentent. La mortalité juvénile est élevée durant les premiers mois, la prédation par les lions et les hyènes touchant particulièrement les faons. La maturité sexuelle est atteinte vers trois à quatre ans chez les femelles, un peu plus tard chez les mâles, qui ne se reproduisent souvent qu’une fois dominants. La longévité en nature se situe autour de 20 à 25 ans, davantage en captivité.
Statut de conservation
L’UICN classe la girafe Masaï en danger (EN). Cette catégorie indique un risque élevé d’extinction à l’état sauvage, justifié par un déclin marqué des effectifs sur plusieurs décennies. La girafe dans son ensemble a connu une baisse importante, et cette espèce figure parmi les plus touchées.
- Perte et fragmentation de l’habitat par l’expansion agricole et l’élevage.
- Braconnage pour la viande et certaines parties du corps.
- Cloisonnement des populations, qui réduit les échanges génétiques.
- Sécheresses et changements d’usage des terres affectant les ressources fourragères.
Le tableau global masque des situations locales contrastées. Certaines aires protégées bien gérées maintiennent des populations stables, tandis que les zones non protégées connaissent des reculs sévères. La conservation repose largement sur le maintien de la connectivité entre réserves.
Ne pas confondre
Girafe réticulée (Giraffa reticulata) : ses taches sont polygonales, nettes, séparées par un réseau de fines lignes blanches bien marquées, ce qui donne un aspect de mosaïque très régulière ; celles de la girafe Masaï ont au contraire des bords déchiquetés et irréguliers.
Girafe du Sud (Giraffa giraffa) : ses taches sont arrondies, aux contours plus lisses, sur fond plus clair, et descendent moins bas sur les pattes ; la girafe Masaï présente un motif plus sombre et plus découpé jusqu’aux sabots.
Girafe du Nord (Giraffa camelopardalis) : taches généralement plus pâles et plus régulières, avec des membres inférieurs souvent blancs et non tachetés, à la différence de la girafe Masaï dont les taches atteignent le bas des pattes.
Un motif propre à chaque individu
Les taches de la girafe Masaï fonctionnent comme une empreinte : leur forme, unique à chaque animal, reste stable toute la vie. Les programmes de suivi utilisent des bases de données photographiques et des algorithmes de reconnaissance de motifs pour identifier les individus sans capture ni marquage, ce qui permet d’estimer la survie et les déplacements sur de longues périodes.
Questions fréquentes
La girafe Masaï est-elle une espèce différente des autres girafes ?
Comment reconnaître une girafe Masaï ?
Où vit la girafe Masaï ?
La girafe Masaï est-elle menacée ?
Sources
- Giraffa tippelskirchi (Masai Giraffe)IUCN Red Listconsulté le 22 juillet 2026
- Multi-locus analyses reveal four giraffe species instead of oneCurrent Biology (Fennessy et al., 2016)consulté le 22 juillet 2026
- Giraffe conservation status and taxonomyGiraffe Conservation Foundationconsulté le 22 juillet 2026
- Handbook of the Mammals of the World, Vol. 2Lynx Edicionsconsulté le 22 juillet 2026
