Mammifères · Mammifères marins
Béluga
Delphinapterus leucas

Le béluga (Delphinapterus leucas) est un cétacé à dents de taille moyenne appartenant à la famille des Monodontidae, qu’il partage avec le seul narval. Espèce des mers arctiques et subarctiques, il se distingue immédiatement par sa robe entièrement blanche chez l’adulte, son front nettement bombé et l’absence totale de nageoire dorsale, remplacée par une simple crête dorsale basse. Ces traits, combinés à un cou mobile, en font l’un des cétacés les plus reconnaissables.
Le nom « béluga » prête parfois à confusion. Il désigne en français ce cétacé blanc, mais il est aussi employé pour un grand esturgeon (Huso huso), source du caviar dit « beluga ». Les deux animaux n’ont aucun lien : l’un est un mammifère marin, l’autre un poisson d’eau saumâtre. Le terme provient du russe belukha, dérivé de belyi, « blanc ». Le surnom de « canari des mers » renvoie quant à lui à la diversité de ses vocalisations.
Morphologie
Le béluga a un corps trapu et fuselé, dépourvu de nageoire dorsale. Les adultes mesurent généralement de 3 à 5,5 mètres, les mâles étant sensiblement plus grands que les femelles. Le poids s’échelonne d’environ 500 kilogrammes chez les petites femelles à près de 1 600 kilogrammes chez les grands mâles, avec un dimorphisme sexuel marqué qui peut atteindre 25 % de différence de longueur.
La coloration change avec l’âge : les nouveau-nés naissent gris foncé à brunâtre, puis s’éclaircissent progressivement en passant par des teintes grises jusqu’au blanc uniforme atteint vers la maturité sexuelle. Le front proéminent, appelé melon, contient un organe graisseux impliqué dans l’écholocation ; il est déformable, ce qui permet à l’animal de modifier son apparence. Contrairement à la plupart des cétacés, les vertèbres cervicales du béluga ne sont pas soudées, ce qui lui confère une mobilité inhabituelle de la tête. Les nageoires pectorales sont courtes et larges, et se recourbent chez les vieux mâles.
Répartition et habitat
Le béluga occupe une aire circumpolaire dans les eaux arctiques et subarctiques de l’hémisphère nord : Alaska, Canada arctique, Groenland occidental, Svalbard et l’ensemble du littoral arctique russe. Plusieurs populations discrètes sont reconnues, distinguées par leur génétique et leurs mouvements saisonniers. Certaines sont sédentaires, comme celle de l’estuaire du Saint-Laurent, la plus méridionale et isolée du reste de l’espèce.
L’animal fréquente les eaux côtières peu profondes, les estuaires et les embouchures de fleuves, notamment en été où il se rassemble parfois par milliers. En hiver, il gagne les zones de banquise et exploite les chenaux et polynies pour respirer. Il effectue des migrations saisonnières entre aires estivales côtières et zones hivernales au large. La présence en estuaire, souvent en eau saumâtre, est associée à la mue et à la mise bas.
Comportement et régime alimentaire
Le béluga est un prédateur opportuniste dont le régime varie selon les saisons et les populations. Il consomme des poissons — morues arctiques, capelans, harengs, saumons, plies — ainsi que des céphalopodes, des crustacés et divers invertébrés benthiques. Il chasse aussi bien en surface qu’en profondeur, avec des plongées documentées dépassant plusieurs centaines de mètres. L’écholocation guide la détection des proies dans les eaux troubles et sous la glace.
C’est une espèce sociale qui vit en groupes de quelques individus à plusieurs dizaines, formant parfois des rassemblements de plusieurs centaines à milliers d’animaux en été. Les groupes présentent une ségrégation par âge et par sexe. Le béluga possède un répertoire vocal étendu, avec sifflements, clics et sons pulsés, à l’origine de son surnom de « canari des mers » attribué par les baleiniers. La mobilité du cou et la déformation du melon accompagnent des comportements sociaux visuels.
Reproduction
L’accouplement se produit généralement à la fin de l’hiver ou au printemps. La gestation dure environ quatorze à quinze mois selon les estimations, soit près de 440 jours, une valeur toutefois variable selon les études. La femelle donne naissance à un seul petit, mesurant environ 1,5 mètre à la naissance et de couleur gris foncé. La mise bas a souvent lieu dans les estuaires, où l’eau plus chaude et moins salée favoriserait le développement du nouveau-né.
L’allaitement se prolonge sur près de deux ans. L’intervalle entre deux naissances est généralement de trois ans. La maturité sexuelle est atteinte vers huit à neuf ans chez les femelles et un peu plus tard chez les mâles. La longévité a longtemps été sous-estimée : la reconnaissance qu’une seule couche de dentine se dépose chaque année, et non deux, a conduit à réévaluer l’âge maximal, qui peut dépasser soixante à soixante-dix ans.
Statut de conservation
À l’échelle mondiale, le béluga est classé en Préoccupation mineure (LC) par l’UICN, ce qui signifie que l’espèce dans son ensemble ne présente pas de risque élevé d’extinction à court terme. Cette évaluation globale masque toutefois de fortes disparités entre sous-populations, certaines étant en déclin ou en mauvais état.
- Pollution chimique et bioaccumulation de contaminants, particulièrement documentée dans l’estuaire du Saint-Laurent.
- Réduction et modification de la banquise liées au réchauffement de l’Arctique.
- Dérangement par le trafic maritime, le bruit sous-marin et les activités industrielles.
- Chasse de subsistance dans certaines régions, encadrée mais pesant sur les populations réduites.
- Effondrement documenté de la sous-population de Cook Inlet, en Alaska, considérée en danger et ne montrant pas de rétablissement clair.
Ne pas confondre
- Narval (Monodon monoceros) : seul autre membre des Monodontidae, également sans nageoire dorsale, mais à la robe tachetée de gris et non blanche ; le mâle porte une longue défense torsadée absente chez le béluga.
- Dauphin de Risso (Grampus griseus) : parfois très clair en vieillissant, il conserve néanmoins une haute nageoire dorsale que le béluga n’a jamais.
- Baleine blanche juvénile ou cétacé albinos : les jeunes bélugas gris peuvent être confondus avec d’autres petits cétacés, mais l’absence de dorsale et le melon bombé les distinguent.
Un cétacé au cou mobile
Le béluga est l’un des rares cétacés capables de tourner la tête de côté grâce à ses vertèbres cervicales non soudées. Cette particularité, associée à la déformabilité du melon et à une musculature faciale développée, lui donne une gamme d’expressions apparentes inhabituelle chez les mammifères marins. Les peuples de l’Arctique, notamment les Inuits, entretiennent avec l’espèce une relation ancienne, à la fois de subsistance et culturelle, le béluga occupant une place notable dans leurs traditions de chasse et leurs récits.
Questions fréquentes
Le béluga est-il dangereux pour l'homme ?
Pourquoi le béluga est-il blanc ?
Où peut-on voir des bélugas ?
Béluga et narval, quelle différence ?
Le béluga est-il une espèce menacée ?
Sources
- Delphinapterus leucas (Beluga Whale)IUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
- Beluga whale (Delphinapterus leucas) species profileNOAA Fisheriesconsulté le 22 juillet 2026
- Beluga - Delphinapterus leucasSociety for Marine Mammalogyconsulté le 22 juillet 2026
