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Mammifères · Herbivores

Chameau de Bactriane

Camelus bactrianus

Chameau de Bactriane adulte à deux bosses, au pelage brun-fauve dense, debout dans une steppe désertique.

Le chameau de Bactriane (Camelus bactrianus) est un grand camélidé domestique reconnaissable à ses deux bosses, réparti à travers les steppes et les déserts froids d’Asie centrale, de la Mongolie à la Chine du Nord-Ouest en passant par le Kazakhstan. Son trait le plus distinctif reste cette double bosse dorsale, qui le sépare immédiatement du dromadaire à bosse unique. Contrairement à ce dernier, adapté aux déserts chauds, le chameau de Bactriane supporte des amplitudes thermiques extrêmes, du gel hivernal aux fortes chaleurs estivales.

Le nom prête à confusion sur deux points. D’une part, le mot « chameau » désigne dans le langage courant l’ensemble des camélidés à bosse, alors qu’au sens strict il renvoie à l’espèce à deux bosses. D’autre part, la forme domestique Camelus bactrianus est aujourd’hui distinguée du chameau sauvage Camelus ferus, longtemps considéré comme la même espèce et désormais reconnu comme une espèce distincte, en danger critique.

Morphologie

Le chameau de Bactriane est un animal massif : la hauteur au garrot atteint environ 1,80 à 2,30 mètres, et la longueur totale du corps se situe entre 3 et 3,5 mètres. Le poids adulte varie généralement de 300 à près de 700 kilogrammes selon le sexe, la population et l’état nutritionnel. Le dimorphisme sexuel est modéré, les mâles étant en moyenne plus lourds que les femelles.

Le pelage est dense et long, particulièrement au niveau du cou, des épaules et du sommet des bosses, où il forme des touffes. Sa couleur va du brun-fauve clair au brun foncé. Ce pelage épais est mué en larges plaques au printemps, révélant temporairement une peau presque nue. Les deux bosses sont des réserves de graisse : bien remplies, elles se tiennent droites ; épuisées, elles s’affaissent et penchent sur le côté.

Plusieurs adaptations au milieu aride et froid sont visibles : narines fermables pour bloquer le sable, longs cils protecteurs, épaisse toison isolante, et coussinets plantaires larges répartissant le poids sur les sols meubles. Les pattes portent deux doigts terminés par des ongles et non par de véritables sabots.

Répartition et habitat

L’aire de la forme domestique couvre l’Asie centrale et orientale : Mongolie, nord et nord-ouest de la Chine, Kazakhstan, et régions voisines. L’espèce a également été introduite ou élevée localement dans d’autres régions arides. Elle occupe des steppes arides, des déserts froids comme le Gobi et le Taklamakan, des plateaux semi-désertiques, des plaines rocailleuses à végétation clairsemée et des piémonts montagneux. Elle tolère des altitudes élevées, dépassant parfois plusieurs milliers de mètres sur les plateaux d’Asie centrale.

Le chameau sauvage Camelus ferus, apparenté, subsiste dans quelques zones reculées du désert de Gobi et du Lop Nur, en Chine et en Mongolie. Les analyses génétiques indiquent qu’il ne descend pas directement de la forme domestique, mais représente une lignée sauvage distincte.

Milieu de vie typique de l'espèce Camelus bactrianus
Steppe semi-désertique froide d'Asie centrale, milieu typique du chameau de Bactriane, aux sols caillouteux et à la végétation clairsemée.

Comportement et régime alimentaire

Le chameau de Bactriane est diurne. Herbivore, il consomme une grande variété de plantes des milieux arides : graminées sèches, arbustes, feuillages coriaces, plantes épineuses et espèces halophytes que peu d’autres herbivores tolèrent. Sa lèvre supérieure fendue et sa bouche résistante lui permettent de brouter des végétaux durs ou salés. En période de disette, il peut ingérer des matières que d’autres animaux délaissent.

Ses capacités de résistance à la déshydratation sont marquées : il supporte une perte hydrique corporelle importante et peut passer plusieurs jours sans boire. Lorsqu’il retrouve un point d’eau, il ingère de très grandes quantités en peu de temps, parfois plus de 100 litres. Il tolère aussi l’eau saumâtre.

Socialement, il vit en groupes conduits par un mâle dominant, accompagné de femelles et de jeunes. Les mâles adultes peuvent devenir agressifs pendant la période de rut, marquée par des sécrétions glandulaires et des comportements de compétition. La forme domestique reste largement dépendante de l’élevage humain, mais conserve une grande autonomie de pâturage.

Reproduction

La reproduction est saisonnière, concentrée sur les mois froids. La gestation dure environ treize mois, soit approximativement 360 à 420 jours selon les sources. La femelle met bas un seul petit, exceptionnellement deux. Le nouveau-né est précoce : il tient debout et se déplace peu de temps après la naissance. Il ne développe ses bosses qu’après avoir commencé à consommer des aliments solides.

Le sevrage intervient au bout de plusieurs mois à un peu plus d’un an. La maturité sexuelle est atteinte vers trois à cinq ans, plus tardivement chez les mâles. La longévité s’étend généralement de 20 à 40 ans, les valeurs les plus élevées concernant les animaux en captivité ou en élevage bien conduit.

Statut de conservation

La forme domestique Camelus bactrianus n’est pas évaluée par l’UICN (statut NE), les animaux domestiques étant hors du champ de la Liste rouge. Sa population domestique est estimée à environ deux millions d’individus, sans menace d’extinction. La situation est radicalement différente pour le chameau sauvage Camelus ferus, classé En danger critique, dont il ne subsiste que quelques centaines d’individus.

Les pressions concernent surtout la forme sauvage et, localement, la diversité génétique des populations domestiques :

  • Réduction et fragmentation de l’habitat des populations sauvages dans le Gobi et le Lop Nur.
  • Compétition pour les ressources en eau et en pâturage avec le bétail domestique.
  • Hybridation entre chameaux sauvages et domestiques, menaçant l’intégrité génétique de Camelus ferus.
  • Chasse illégale et prédation sur les populations sauvages.
  • Déclin de l’élevage traditionnel dans certaines régions, entraînant l’érosion de races locales.

Ne pas confondre

Dromadaire (Camelus dromedarius) : il ne possède qu’une seule bosse et un pelage plus court ; il est associé aux déserts chauds d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Ouest, alors que le chameau de Bactriane a deux bosses et supporte le froid.

Chameau sauvage (Camelus ferus) : morphologiquement très proche, il s’en distingue par des bosses plus petites et coniques, une silhouette plus élancée, et un statut sauvage ; les études génétiques confirment qu’il forme une lignée distincte et non l’ancêtre direct de la forme domestique.

Lama et guanaco (Lama glama, Lama guanicoe) : ces camélidés sud-américains sont dépourvus de bosse et nettement plus petits, ce qui écarte toute confusion réelle une fois la morphologie observée.

Une domestication ancienne

Le chameau de Bactriane est domestiqué depuis plusieurs millénaires en Asie centrale, où il a longtemps constitué un animal de bât essentiel sur les routes commerciales reliant la Chine à l’Occident. Sa capacité à porter de lourdes charges sur de longues distances, à travers déserts froids et cols d’altitude, en a fait un pilier des échanges caravaniers, un rôle qu’il a conservé jusqu’à l’époque moderne dans certaines régions reculées.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le chameau et le dromadaire ?
Le chameau de Bactriane (Camelus bactrianus) possède deux bosses, tandis que le dromadaire (Camelus dromedarius) n'en a qu'une seule. Le chameau de Bactriane est également plus trapu, doté d'un pelage plus long, et adapté aux déserts froids d'Asie centrale plutôt qu'aux zones chaudes.
Les bosses du chameau contiennent-elles de l'eau ?
Non, c'est une idée reçue. Les bosses sont des réserves de graisse et non d'eau. Cette graisse peut être métabolisée en énergie et, accessoirement, en eau lors de la digestion, mais l'animal ne stocke pas d'eau liquide dans ses bosses. Quand les réserves s'épuisent, les bosses s'affaissent.
Le chameau de Bactriane est-il une espèce menacée ?
La forme domestique n'est pas menacée : elle compte environ deux millions d'individus. En revanche, son proche parent sauvage, le chameau sauvage (Camelus ferus), est classé En danger critique par l'UICN, avec quelques centaines d'individus subsistant dans le désert de Gobi et le Taklamakan.
Combien d'eau un chameau de Bactriane peut-il boire ?
Un chameau déshydraté peut ingérer plus de 100 litres d'eau en quelques minutes. Il tolère une perte hydrique corporelle considérable et peut rester plusieurs jours sans boire, ce qui en fait un animal adapté aux milieux arides.

Sources

  1. Camelus bactrianus (Bactrian Camel)Animal Diversity Web, University of Michiganconsulté le 22 juillet 2026
  2. Camelus ferus (Wild Bactrian Camel)IUCN Red List of Threatened Speciesconsulté le 22 juillet 2026
  3. Domestic Animal Diversity Information System (DAD-IS)FAOconsulté le 22 juillet 2026