Aller au contenu
AtlasMammifères

Mammifères · Mammifères marins

Bérardie d'Arnoux

Berardius arnuxii

Baleine à bec sombre à long rostre nageant en surface dans une mer froide australe, dos arrondi et petite nageoire dorsale reculée.

La bérardie d’Arnoux (Berardius arnuxii) est un cétacé à bec de la famille des Ziphiidés, restreint aux eaux froides de l’hémisphère sud. C’est l’un des plus grands ziphiidés connus, atteignant une longueur comparable à celle de son proche parent boréal, la baleine à bec de Baird (Berardius bairdii). Son trait le plus distinctif est un rostre long et étroit prolongé par un front peu bombé, associé à une paire de dents apicales visibles chez les deux sexes lorsque la bouche est fermée.

Le nom de « baleine à bec », fréquemment employé, prête à confusion : il ne s’agit pas d’une baleine à fanons mais d’un odontocète, donc d’un cétacé à dents, proche des cachalots et des dauphins plutôt que des rorquals. Par ailleurs, l’espèce a longtemps été considérée comme la seule représentante australe du genre, mais des travaux récents ont mis en évidence une troisième espèce de Berardius dans le Pacifique Nord, ce qui invite à la prudence sur d’anciennes identifications.

Morphologie

La bérardie d’Arnoux présente un corps allongé et fusiforme. Les longueurs rapportées lors d’échouages s’échelonnent d’environ 7 à 9,7 mètres, les plus grands individus se situant dans le haut de cette fourchette, mesurée sur un petit nombre de spécimens. La coloration est gris ardoise à brun sombre, souvent plus claire sur la tête et le ventre. La peau des adultes porte fréquemment des cicatrices linéaires blanchâtres, dont beaucoup sont attribuées à des interactions intraspécifiques et à des morsures de cyclostomes.

Le melon est modéré, le front descendant assez régulièrement vers un rostre fin et allongé. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure et porte, à son extrémité, deux dents apicales antérieures, une paire plus petite se trouvant en arrière. Ces dents sont apparentes chez les deux sexes, ce qui distingue le genre Berardius de nombreux autres ziphiidés où seuls les mâles présentent des dents saillantes. La nageoire dorsale est petite, falciforme et implantée loin en arrière ; les nageoires pectorales sont courtes. Le dimorphisme sexuel de taille est faible et mal quantifié.

Répartition et habitat

L’espèce a une distribution circumpolaire dans l’hémisphère sud, depuis les eaux tempérées froides jusqu’à la bordure de la banquise antarctique. Des observations et échouages sont documentés autour de la Nouvelle-Zélande, du sud de l’Australie, de l’Afrique du Sud, de l’Amérique du Sud australe, des îles subantarctiques et le long du front de glace antarctique. Aucune sous-espèce n’est reconnue.

La bérardie d’Arnoux fréquente les eaux océaniques profondes, généralement au large du talus continental, sur des fonds de plusieurs centaines à plusieurs milliers de mètres. Elle est observée jusque dans les chenaux libres de glace près du continent antarctique, ce qui en fait l’un des ziphiidés les plus tolérants aux eaux polaires.

Milieu de vie typique de l'espèce Berardius arnuxii
Océan froid subantarctique en bordure de banquise, milieu profond où la bérardie d'Arnoux plonge à la recherche de céphalopodes.

Comportement et régime alimentaire

Comme les autres ziphiidés, la bérardie d’Arnoux est une plongeuse profonde. Elle réalise de longues apnées pour rechercher ses proies dans les couches méso- et bathypélagiques. Le régime est carnivore et repose principalement sur les céphalopodes, complétés par des poissons de profondeur ; les proportions exactes restent mal établies faute d’analyses stomacales nombreuses.

L’espèce est souvent rencontrée en groupes, parfois d’une dizaine d’individus ou davantage, qui semblent coordonner leurs plongées et leurs remontées. Les animaux peuvent rester groupés en surface entre deux séries de plongées. La structure sociale fine, la fidélité des groupes et l’organisation de la reproduction demeurent peu documentées, du fait de la rareté des observations en mer.

Reproduction

Les données de reproduction sont fragmentaires. La saison de mise bas, la durée de gestation, la taille des portées et le rythme des naissances ne sont pas établis avec certitude pour Berardius arnuxii. Par analogie avec les ziphiidés, on suppose une mise bas d’un seul jeune après une gestation longue, un allaitement prolongé et une maturité tardive, mais ces éléments ne reposent pas sur des mesures propres à l’espèce et ne sont pas reportés ici comme des faits. La longévité n’a pas fait l’objet d’estimations d’âge publiées.

Statut de conservation

L’espèce est classée en préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge de l’UICN, catégorie signifiant que le risque d’extinction est jugé faible à l’échelle globale. Ce statut tient en partie au fait qu’elle vit dans des eaux éloignées, peu exploitées historiquement, et qu’elle n’a pas fait l’objet d’une chasse commerciale d’ampleur comparable à celle subie par la baleine à bec de Baird dans le Pacifique Nord. Les effectifs ne sont toutefois pas connus avec précision.

  • Enchevêtrement possible dans des engins de pêche.
  • Pollution sonore d’origine anthropique, à laquelle les ziphiidés plongeurs sont sensibles.
  • Ingestion de débris plastiques, documentée chez plusieurs ziphiidés.
  • Modifications de l’environnement polaire et subpolaire liées au changement climatique, dont les effets sur les proies restent mal évalués.

Localement, la rareté des données rend difficile la détection de déclins : un statut global favorable n’exclut pas des situations régionales préoccupantes mais non documentées.

Ne pas confondre

  • Baleine à bec de Baird (Berardius bairdii) : morphologie très semblable mais aire de répartition disjointe, dans le Pacifique Nord ; les deux ne se chevauchent pas géographiquement.
  • Baleine à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) : rostre plus court, front plus abrupt, coloration souvent plus claire et tête blanchie chez les vieux mâles ; taille nettement inférieure.
  • Baleine à bec du Sud (Hyperoodon planifrons) : front très bombé et globuleux, rostre plus court, silhouette de tête bien différente du profil régulier et allongé de la bérardie d’Arnoux.

Deux espèces d’un même genre aux deux pôles

Le genre Berardius offre un exemple de distribution bipolaire : Berardius arnuxii occupe les eaux froides australes tandis que Berardius bairdii occupe le Pacifique Nord, les deux étant morphologiquement très proches et séparées par les eaux chaudes tropicales. La description ultérieure d’une forme distincte dans le Pacifique Nord a rappelé que la diversité des ziphiidés reste probablement sous-estimée, ces animaux discrets et pélagiques étant surtout connus par des échouages.

Questions fréquentes

La bérardie d'Arnoux est-elle une baleine ?
Non. Malgré le nom courant de « baleine à bec », c'est un odontocète, c'est-à-dire un cétacé à dents, de la famille des ziphiidés. Elle est donc plus proche des cachalots et des dauphins que des baleines à fanons comme les rorquals.
Où vit la bérardie d'Arnoux ?
Dans les eaux froides de l'hémisphère sud, avec une distribution circumpolaire allant des mers tempérées froides jusqu'à la bordure de la banquise antarctique. Elle fréquente les eaux océaniques profondes, au large du talus continental, et compte parmi les ziphiidés les plus tolérants aux eaux polaires.
De quoi se nourrit-elle ?
Son régime est carnivore et repose surtout sur les céphalopodes, complétés par des poissons de profondeur. Comme les autres ziphiidés, c'est une plongeuse profonde qui réalise de longues apnées pour chercher ses proies dans les couches méso- et bathypélagiques.
Est-elle menacée ?
Elle est classée en préoccupation mineure (LC) sur la Liste rouge de l'UICN, notamment parce qu'elle vit dans des eaux éloignées et n'a pas subi de chasse commerciale d'ampleur. Ses effectifs restent toutefois mal connus, et elle est exposée aux engins de pêche, à la pollution sonore et aux débris plastiques.

Sources

  1. Berardius arnuxii, The IUCN Red List of Threatened SpeciesUICNconsulté le 21 juillet 2026
  2. Handbook of the Mammals of the World, Vol. 4: Sea MammalsLynx Edicionsconsulté le 21 juillet 2026
  3. Marine Mammals of the World: A Comprehensive Guide to Their IdentificationAcademic Press / Elsevierconsulté le 21 juillet 2026