Ce que mange vraiment un lapin : 80 % de foin, et pas de carotte

Demandez à quelqu’un ce que mange un lapin : il répondra « des carottes et de la salade ». C’est faux, et c’est la première cause de maladie chez le lapin de compagnie.
La bonne réponse tient en trois chiffres — 80, 15, 5 — et la part la plus importante est celle que la plupart des gens considèrent comme de la litière.
La règle des 80-15-5
C’est la recommandation vétérinaire, reprise notamment par l’école vétérinaire de Nantes :
- 80 % de foin, à volonté, disponible en permanence ;
- 15 % de verdure fraîche : légumes-feuilles, fanes, herbes, feuillages ;
- 5 % au maximum de granulés.
Le foin n’est donc pas un accessoire : c’est l’aliment principal. Il a deux fonctions vitales. Les dents du lapin poussent toute sa vie, et seul le broyage prolongé de fibres dures les use. Et son transit ne supporte pas l’arrêt : l’apport continu de fibres est ce qui entretient la motilité digestive.
Sur les granulés, une précision qui compte : il faut des extrudés, c’est-à-dire des granulés tous identiques. Avec un mélange coloré, le lapin trie — il mange les graines grasses et laisse le reste. Un adulte dont la verdure est très variée n’a d’ailleurs pas strictement besoin de granulés. Le lapereau en croissance, lui, en reçoit un peu plus.
Le mythe de la carotte
« C’est la faute de Bugs Bunny. »
La carotte est une racine, très riche en sucre. Un lapin sauvage mange des feuilles, des herbes, des tiges — il ne déterre pas de racines. Une rondelle de carotte de temps en temps, comme friandise, ne pose pas de problème. En repas quotidien, c’est la porte ouverte à l’obésité et aux troubles digestifs.
En revanche, les fanes de carotte sont excellentes. Le paradoxe est amusant : on jette la bonne partie et on donne la mauvaise.
Même vigilance pour la salade. La laitue iceberg est à bannir : très aqueuse, très pauvre, elle provoque des diarrhées. On préfère la batavia, la romaine, la mâche, les fanes de radis, le céleri branche.
Le tableau : oui, avec modération, jamais
| À volonté | Avec modération | Jamais |
|---|---|---|
| Foin de graminées | Carotte (une rondelle) | Avocat |
| Batavia, romaine, mâche | Fruits (un morceau) | Chocolat |
| Fanes de radis, de carotte | Granulés extrudés (5 %) | Oignon, ail, poireau |
| Céleri branche | Chou (ballonnements) | Pomme de terre et épluchures |
| Persil, coriandre, basilic | Banane (très sucrée) | Pain, biscottes, céréales |
| Endive, fenouil | Produits laitiers, sucre | |
| Feuillages (noisetier, pommier) | Laitue iceberg | |
| Mélanges de graines |
Les aliments de la colonne de droite ne sont pas « déconseillés » : ils sont dangereux. Avocat, chocolat, oignon, ail, poireau, pomme de terre — c’est l’urgence vétérinaire directe, avec atteinte hépatique ou nerveuse.

Le pain : l’argument du grand-père
C’est l’objection que j’entendais le plus souvent en consultation : « Mon grand-père donnait du pain dur, ses lapins vivaient très bien ! »
Ma réponse tient en une phrase : le grand-père mangeait le lapin à six mois. Il ne le gardait pas dix ans comme animal de compagnie.
Le mécanisme est bien documenté. Le pain est de l’amidon, que l’intestin du lapin ne sait pas gérer. Une surcharge en amidon modifie l’activité fermentaire du cæcum et déséquilibre sa flore. Les clostridies, normalement présentes, se multiplient et produisent des toxines : c’est l’entérotoxémie. Le lapin gonfle, cesse de manger, et peut mourir en vingt-quatre heures.
Et le pain n’use pas les dents — c’est la seconde croyance à écarter. La salive le transforme immédiatement en bouillie. Seul le foin fait ce travail.
Les recommandations vétérinaires excluent d’ailleurs explicitement pain, biscottes, céréales, produits laitiers, sucre et friandises industrielles.
Les friandises du commerce
Les bâtonnets au miel et aux graines vendus en supermarché sont à proscrire, malgré leur rayon dédié et leur emballage rassurant.
Le lapin est un herbivore strict, pas un granivore comme le hamster. Les graines, trop grasses, sollicitent son foie sans lui apporter la fibre dont il a besoin.
Si vous voulez faire plaisir : un morceau de pomme déshydratée, des herbes séchées, un bout de banane fraîche. En petite quantité — la banane est très sucrée.
L’eau : gamelle, pas biberon
Sur ce point, mon avis est tranché : une gamelle lourde en céramique, qui ne se renverse pas.
Le biberon pose trois problèmes. Il oblige l’animal à relever la tête dans une position peu naturelle pour ses cervicales. Son embout se bloque — calcaire, débris. Et le réservoir se contamine facilement.
Surtout, un lapin boit beaucoup : de l’ordre de 50 à 100 ml par kilo et par jour, soit, rapporté à sa taille, l’équivalent d’un petit chien. C’est précisément pour ça qu’un biberon bloqué se paie cher : c’est l’erreur qui a failli coûter la vie à mon premier lapin.
Les cæcotrophes : non, ce n’est pas de la diarrhée
Un jour ou l’autre, vous surprendrez votre lapin en train de manger ses propres crottes, et vous vous demanderez s’il est malade.
Il ne l’est pas. Sa digestion se fait en deux temps.
Le cæcum — un immense organe de fermentation — produit des crottes particulières, molles, brillantes, agglomérées en grappe comme une petite mûre : les cæcotrophes. Elles sont chargées de protéines et de vitamines des groupes B et K fabriquées par les bactéries du cæcum. Le lapin les reprend directement à l’anus et les redigère. C’est ainsi qu’il récupère des nutriments qu’un seul passage ne suffirait pas à extraire.
Vous ne devriez donc presque jamais en voir.
Si vous en retrouvez écrasées dans l’enclos, ce n’est pas une diarrhée, c’est un signal : soit l’alimentation est trop riche — trop de granulés, l’animal n’a plus assez faim pour les reprendre — soit il est trop gros pour atteindre son arrière-train.
Ne les nettoyez pas frénétiquement en pensant bien faire : corrigez la ration.
Ce qu’il faut retenir
- 80 % de foin, 15 % de verdure, 5 % de granulés. Le foin est l’aliment principal, pas une litière.
- Des granulés extrudés, jamais de mélange de graines : sinon le lapin trie.
- La carotte est une friandise, pas un repas. Ses fanes, en revanche, sont excellentes.
- Le pain est dangereux, et il n’use pas les dents.
- Gamelle lourde plutôt que biberon : un lapin boit énormément.
- Les cæcotrophes se mangent, c’est normal. En voir traîner est le signe d’une ration trop riche.
Un lapin qui cesse de manger plus de douze heures est une urgence vétérinaire, pas un caprice : son transit s’arrête, et cet arrêt s’aggrave vite. Consultez sans attendre, de préférence un vétérinaire habitué aux NAC.
Questions fréquentes
Que mange un lapin ?
Est-ce qu'un lapin peut manger des carottes ?
Peut-on donner du pain à un lapin ?
Quels aliments sont dangereux pour un lapin ?
Mon lapin mange ses crottes, est-ce normal ?
Biberon ou gamelle pour l'eau ?
Sources
- L'alimentation du lapin de compagnie — fiche conseilCHUV Oniris, École nationale vétérinaire de Nantesconsulté le 27 juillet 2026
- Alimentation du lapin de compagnie : recommandations pratiques pour les propriétairesLe Point Vétérinaireconsulté le 27 juillet 2026
- Pathologie nutritionnelle du lapin de compagnieLe Point Vétérinaire, n° 360consulté le 27 juillet 2026
- Système digestif chez le lapinCentre Hospitalier Vétérinaire Frégisconsulté le 27 juillet 2026
- Quelle alimentation pour mon lapin ?Virbac — Espace santé et bien-êtreconsulté le 27 juillet 2026
